Le mythe de la fluidité

Le mythe de la fluidité

Dans le réseau de la santé, on parle constamment de fluidité. Fluidité des urgences. Fluidité des lits. Fluidité des transferts. L’idée est simple : lorsqu’un patient n’a plus besoin d’être hospitalisé, il doit pouvoir quitter rapidement afin de libérer un lit pour quelqu’un d’autre.

Mais cette fluidité repose sur une chaîne logistique complète : médecins, unités de soins, gestionnaires de lits… et transport ambulancier. Lorsqu’un patient reçoit son congé médical mais que le transport nécessaire pour quitter l’hôpital ou se rendre dans un autre établissement pour un examen, une consultation spécialisée ou une intervention n’est pas disponible, la chaîne s’arrête là. Le lit reste occupé — ou un rendez-vous doit être reporté.

La question semblait donc simple : combien de patients restent hospitalisés ou manquent un rendez-vous médical parce qu’un transport ambulancier nécessaire n’était pas disponible?

Pour le savoir, nous avons déposé des demandes d’accès à l’information auprès de plusieurs CIUSSS de Montréal et de Laval, ainsi qu’auprès de Urgences-santé, l’organisme responsable des transports ambulanciers nécessitant une civière dans ces régions.

Jusqu’à présent, les réponses reçues sont remarquablement similaires.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal indique que « les documents dont vous demandez la communication sont inexistants » et que l’établissement « ne collige pas ce type d’informations dans le cadre de ses activités ».

Une autre réponse institutionnelle arrive à la même conclusion : « nous ne possédons aucun document correspondant aux informations que vous recherchez ».

La réponse d’Urgences-santé est également claire : l’organisme indique « ne pas détenir de document contenant les renseignements visés par votre demande ».

Il est possible que d’autres établissements répondent différemment et indiquent qu’ils suivent ce phénomène. Mais les réponses reçues jusqu’ici révèlent déjà quelque chose d’important : personne ne semble mesurer systématiquement combien de patients demeurent hospitalisés — ou manquent un déplacement médical — parce que le transport nécessaire n’a pas pu être effectué.

Cette absence est particulièrement frappante du côté d’Urgences-santé. Dans la région de Montréal et de Laval, l’organisme détient essentiellement le monopole des transports ambulanciers nécessitant une civière. Autrement dit, il est responsable d’assurer ces transports — mais les réponses obtenues indiquent qu’il ne tient pas de registre sur les patients pour lesquels ces transports ne peuvent être effectués.

Dans un réseau qui affirme vouloir améliorer la fluidité et optimiser l’utilisation des lits, cette absence de mesure soulève une question simple : comment améliorer la circulation des patients si l’on ne mesure pas l’un des endroits où elle se bloque?


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Patients et familles : avez-vous déjà attendu des heures — ou jusqu’au lendemain — pour un transport ambulancier vers un autre hôpital, un examen, une consultation spécialisée ou même un retour à domicile? Votre expérience nous intéresse aussi.

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