Le vent à Biloxi

Le vent à Biloxi

(English version follows the French)

Il est difficile de croire que 20 ans se sont déjà écoulés depuis que l’ouragan Katrina a frappé la côte du Golfe. Mes expériences sur le terrain au Mississippi, dans l’immédiat après-coup de la catastrophe, ont marqué profondément et durablement le reste de ma carrière en gestion des urgences.

Quand Katrina a touché terre, de nombreuses personnes ayant des besoins particuliers ont été abandonnées pour affronter la tempête — pas par hasard, mais à cause de plans défaillants jamais mis à l’épreuve, ou encore de priorités mal établies.

Le souvenir le plus vif que je garde du Mississippi après Katrina n’est pas celui de l’eau ou du vent, mais de l’odeur. L’air du Golfe était lourd et brûlant, saturé de la puanteur douceâtre de la mort. Elle s’enroulait autour de mon cou et de mes chevilles comme un linceul.

J’étais au Mississippi dans le cadre d’une mission d’évaluation du National Organization on Disability — nous l’appelions SNAKE, pour Special Needs Assessment 4 Katrina Evacuees. Notre mandat était de documenter, en temps réel, l’impact de la catastrophe sur les aînés, les personnes en situation de handicap et toutes celles trop souvent oubliées quand le désastre frappe.

Ce que nous avons trouvé, c’était le chaos. Des refuges sans accès pour fauteuils roulants. Des médicaments et du matériel médical durable égarés. Des sinistrés sourds incapables d’accéder à des annonces vitales parce qu’elles n’étaient ni sous-titrées ni interprétées. Des familles séparées. Des organismes communautaires au bord de la rupture.

Quand nous avons rédigé le rapport SNAKE, nos constats étaient sans détour. Les refuges n’étaient pas accessibles, du matériel médical était perdu ou confisqué, et les organismes de défense des personnes handicapées n’avaient aucun accès aux décideurs. Le rapport comptait parce qu’il révélait comment les plus vulnérables avaient été oubliés — et rendait cette vérité impossible à ignorer.

La tempête a créé une urgence de santé publique d’une ampleur sans précédent. De nombreux survivants de Katrina vivaient avec des maladies chroniques comme le diabète, l’hypertension ou l’asthme — et leurs traitements ont été brutalement interrompus. Les médicaments étaient perdus, les machines de dialyse arrêtées, et l’accès aux médecins disparu. Les inondations n’étaient pas les seuls tueurs dans les villes du Golfe — l’interruption silencieuse des soins de routine a été tout aussi mortelle.

Les soins en santé mentale se sont effondrés alors que la demande explosait. Les taux d’ESPT, de dépression et de consommation de substances ont grimpé en flèche chez les évacués. Les cliniques étaient détruites, les intervenants déplacés, et ceux qui avaient le plus besoin d’aide sont restés sans soutien.

Par-dessus tout, Katrina a révélé des inégalités structurelles profondes. Les communautés noires et pauvres ont porté le poids de la tempête et des échecs qui ont suivi. Les personnes avec des besoins particuliers étaient plus susceptibles d’être coincées sans option d’évacuation, de vivre dans des zones inondables, et d’être ignorées par les autorités pendant les secours chaotiques.

Les échecs les plus troublants ont été ceux des patients trop fragiles pour fuir. Au Memorial Medical Center de La Nouvelle-Orléans, des malades en phase critique ont dépéri pendant des jours dans une chaleur accablante avant que le personnel désespéré ne soit forcé de prendre des décisions impossibles. Partout sur la côte du Golfe, des milliers de personnes âgées et de personnes handicapées sont restées piégées dans des maisons, des résidences et des refuges incapables de les soutenir.

La tempête avait déjà exposé d’autres vérités brutales. Des maladies chroniques interrompues. Des crises de santé mentale multipliées. Des communautés noires et pauvres abandonnées les dernières. Et tandis que les systèmes officiels s’effondraient, les organisations confessionnelles prenaient le relais. Elles sont devenues des bouées de sauvetage, offrant abri, nourriture et dignité.

De ces échecs est né du changement : la FEMA a créé un coordonnateur national pour le handicap, le Congrès a adopté la PETS Act, et le milieu de la gestion des urgences a commencé à parler sérieusement de planification axée sur « l’ensemble de la communauté ».

Les réformes qui ont suivi le rapport SNAKE — l’approche « whole community » de la FEMA, la création d’un coordonnateur du handicap, la PETS Act — ont représenté des avancées. Mais elles sont nées de l’échec. Et vingt ans plus tard, trop de ces failles persistent encore.

Chaque désastre est à la fois chaos et ordre, vies sauvées et vies perdues, héroïsme et incompétence. Mais la véritable mesure de notre réponse ne se trouve pas au moment de l’impact. Elle se trouve dans l’après-coup — dans notre capacité à bâtir des systèmes qui protègent ceux qui sont le plus à risque, ou à les abandonner, tels des débris effilochés accrochés dans les arbres à dix mètres du sol à Biloxi.

Ce vent souffle toujours. La question est de savoir si nous avons appris à nous préparer adéquatement pour la prochaine fois qu’un malheur semblable frappera.


Quelles sont vos pensées, vos souvenirs, vos réflexions à propos de Katrina?

👉 Pour moi, depuis, chaque désastre s’est défini par les personnes que nous choisissons d’abandonner.


The wind in Biloxi

I am grappling with the realization it has been 20 years since Hurricane Katrina struck the Gulf Coast. My experiences on the ground in Mississippi in the immediate aftermath of the catastrophe had a profound and lasting impact on the rest of my career in emergency management.

When Katrina came ashore, many people with special needs were abandoned to face the storm on their own—abandoned not by chance, but by design in flawed plans that had never been properly tested, or by failed priorities.

The most vivid memory I have from Mississippi after Hurricane Katrina is not of water or wind, but of smell. The Gulf air was heavy and hot, carrying the sickly-sweet stench of death. It wrapped around my neck and ankles like a shroud.

I was in Mississippi as part of a National Organization on Disability assessment team—SNAKE, we called it, for Special Needs Assessment 4 Katrina Evacuees. Our job was to capture, in real time, how the disaster was affecting seniors, people with disabilities, and others often overlooked when catastrophe strikes.

What we found was chaos. Shelters without wheelchair access. Medications and durable medical equipment lost. Deaf evacuees unable to access lifesaving announcements because they weren’t captioned or signed. Families separated. Community organizations stretched to the breaking point.

When we compiled the SNAKE report, our findings were blunt. Shelters weren’t accessible, medical equipment was lost or confiscated, and disability organizations had no way to reach decision-makers. The report mattered because it captured how the most vulnerable were forgotten—and made that truth impossible to ignore.

The storm created a public health emergency on an unprecedented scale. Many Katrina survivors lived with chronic illnesses such as diabetes, hypertension, or asthma -- and their treatment was abruptly cut off. Medications were lost, dialysis machines stopped, and access to physicians disappeared. Rising floodwaters weren't the only killers in the towns along the Gulf—the silent interruption of routine care was just as deadly.

Mental health care collapsed just as demand soared. Rates of PTSD, depression, and substance use surged among evacuees. Clinics were destroyed, providers displaced, and those most in need were left unsupported.

Above all, Katrina revealed deep structural inequities. Black and poor communities bore the brunt of the storm and the failures that followed. People with special needs were more likely to be stranded without evacuation options, more likely to live in flood-prone areas, and more likely to be ignored by authorities during the chaotic relief efforts.

The most haunting failures were those of patients too frail to flee. At Memorial Medical Center in New Orleans, gravely ill people languished for days in sweltering heat before desperate staff were forced to make impossible choices. Across the Gulf Coast, thousands of elderly people and those with disabilities were trapped in homes, nursing facilities, and shelters unequipped to support them.

The storm had already exposed other brutal truths. Chronic illnesses interrupted. Mental health crises multiplied. Black and poor communities left for last. And while official systems faltered, faith-based organizations stepped in. They became lifelines, offering shelter, food, and dignity.

Out of those failures came change: FEMA created a National Disability Coordinator, Congress passed the PETS Act, and emergency management circles began talking seriously about “whole community” planning.

The reforms that followed the SNAKE report—FEMA’s “whole community” approach, the creation of a disability coordinator, the PETS Act—were steps forward. But they were born of failure. And twenty years later, too many of those failures remain.

Every disaster is both chaos and order, lives saved and lives lost, heroism and incompetence. But the measure of our response is not found in the moment of landfall. It is found in the aftermath—in whether we build systems that protect those most at risk, or whether we leave them hanging, like so much tattered debris in the trees thirty feet above Biloxi.

That wind still blows. The question is whether we have learned to prepare adequately for the next time something wicked this way comes.


What are your thoughts, memories, reflections of Katrina?

For me, every disaster since has been defined by who we choose to leave behind.