Opinion: Un nouveau souffle pour Urgences-santé?

Opinion: Un nouveau souffle pour Urgences-santé?

(28-08-2025)

M. Michel Garceau est nommé, à compter du 22 septembre 2025, membre du conseil d’administration et président-directeur général d’Urgences-santé.

M. Garceau possède une formation académique solide, axée sur l'administration publique, la gestion des risques majeurs, la gouvernance et la gestion des crises, ainsi que sur des bases scientifiques. Par son parcours professionnel, il cumule plus de deux décennies d'expérience dans les services d’urgence, la sécurité civile et l’administration publique.

De ses premières fonctions en prévention des accidents jusqu’à la coordination locale de crises, puis aux instants stratégiques comme conseiller et coordonnateur régional, il a gravi les échelons jusqu’à la direction des opérations chez Urgences-santé. Depuis 2019, il évolue au poste de directeur général d’une coopérative des paramédics, une position qui renforce son leadership terrain.


Son arrivée à la tête de la seule société d’État du système préhospitalier québécois survient après des années marquées par les crises, les cafouillages administratifs et de sérieuses questions soulevées par le personnel de première ligne, le public et les instances ministérielles.

Et pourtant, ce changement de garde ouvre une fenêtre d’espoir : celle d’un véritable renouveau.


Changer la culture d’une organisation n’est jamais simple. Cela demande du temps, de l’écoute, et un leadership capable de rallier les équipes autour d’une vision partagée.

Dans le cas d’Urgences-santé, le défi est encore plus grand : les paramédics vivent un climat de travail tendu, marqué par un conflit syndical prolongé. C’est dans ce contexte difficile que M. Garceau arrive à la barre, avec la lourde tâche de rétablir la confiance et de recentrer l’organisation sur sa mission première.


Les premiers 100 jours : une occasion à saisir

Chaque nouveau dirigeant bénéficie d’une période cruciale, ses « 100 jours », pour donner le ton. Pour Urgences-santé, cette période doit être l’occasion d’un virage concret et visible. Quelques gestes simples, mais porteurs, pourraient marquer la différence :

Rapprochement avec le personnel : aller à la rencontre des paramédics et des répartiteurs médicaux d’urgence, écouter leurs réalités du terrain, reconnaître leurs compétences et leur contribution essentielle.

Alléger la bureaucratie : réduire les couches de paperasse et de procédures qui ralentissent la prise de décision et éloignent l’organisation de sa mission première.

Réactivité accrue : s’engager à répondre rapidement aux besoins des communautés desservies, en publiant des données claires sur les temps de réponse et en ajustant les ressources là où les besoins sont les plus criants.

Dialogue transparent : mettre fin à la culture de l’opacité en informant régulièrement le public et les partenaires de l’évolution des services, des défis rencontrés et des solutions mises en place.


Rester centré sur la mission

Pour réussir, Urgences-santé devra également retrouver le fil conducteur de sa mission : fournir des soins préhospitaliers d’urgence de qualité, au niveau paramédical, sur l’ensemble de son territoire de couverture.

Cela implique de recentrer les efforts — y compris sur les réseaux sociaux et dans les équipes spécialisées — vers ce qui compte vraiment : soigner et transporter les patients en détresse, sans se laisser distraire par le vernis ou la communication d’image.

Cela signifie aussi de s’assurer que les paramédics, les répartiteurs médicaux d’urgence et le personnel de soutien se sentent enfin membres de la même équipe que les dirigeants du siège social. Tant que le fossé entre le terrain et le « C-suite » persiste, il sera illusoire de parler de cohésion ou de performance.


De l’opacité à la confiance

Ur­gences-santé a trop souvent été perçue comme une tour d’ivoire déconnectée de son personnel et de sa population. M. Garceau a l’occasion de rebâtir cette confiance en adoptant une posture d’ouverture. La transparence n’est pas un luxe, mais un impératif pour une société d’État qui gère chaque année des centaines de milliers d’appels d’urgence.

Encore faut-il que le ministère de la Santé et des Services sociaux et Santé Québec lui laissent l’espace nécessaire pour exercer un véritable leadership. S’ils réduisent son mandat à un théâtre bureaucratique, une sorte de version québécoise du Muppet Show, la mascarade sera vite éventée et le statu quo s’enfoncera dans un chaos encore plus profond.


Un rendez-vous avec l’histoire

Si M. Garceau réussit à imprimer une nouvelle vision fondée sur la collaboration, l’efficacité et la responsabilité, il pourrait transformer Urgences-santé en véritable modèle pour le reste du Québec. La tâche est immense, mais l’occasion est unique.

Ur­gences-santé n’a pas besoin d’un nouveau slogan ni d’un plan stratégique de plus. Elle a besoin d’un leadership capable de rallier ses troupes, d’écouter ses communautés et de recentrer toute l’organisation sur ce qui compte vraiment : répondre aux urgences, sauver des vies, et le faire avec respect et humanité.

Si M. Garceau parvient à orienter son action en ce sens dès ses premiers 100 jours, il pourra poser les bases d’un redressement attendu depuis longtemps.