Quand les mots comptent

Quand les mots comptent

"privilégie des termes comme technicien ambulancier paramédical, ambulancier paramédical, paramédical et ambulancier"

Au Québec, le mot paramédic est aujourd’hui utilisé quotidiennement par des milliers de professionnels, d’étudiants, de patients et de familles.

Dans les ambulances, dans les salles d’urgence et dans les conversations du public, c’est souvent le terme qui vient naturellement pour décrire les femmes et les hommes qui répondent aux appels du 9-1-1 et prodiguent des soins d’urgence avant l’arrivée à l’hôpital.

Pourtant, officiellement, ce mot demeure déconseillé.

À la suite d’une proposition transmise à l’Office québécois de la langue française (OQLF) afin qu’il reconnaisse l’usage du terme paramédic, La Dernière Ambulance a reçu la réponse suivante. Nous la publions ici intégralement.


Réponse de l’Office québécois de la langue française

Bonjour Monsieur,

Nous avons pris connaissance des éléments que vous avez portés à notre attention et les avons analysés.

La dérivation est en effet un mode de formation utilisé régulièrement en français. Cependant, pour que le mot formé par dérivation à l’aide d’un préfixe soit considéré comme conforme aux règles de formation habituelles, le préfixe qui le compose doit être suivi d’un mot préexistant dans la langue. Dans le cas qui nous occupe, bien que le mot anglais medic (« médecin ») ait des origines latines, la forme française correspondante médic est inusitée en français. Ainsi, contrairement à un mot comme médical, médic ne peut pas être utilisé en français comme élément porteur de sens servant de base dans un mot dérivé. De même, la création d’un nom par retranchement d’une terminaison adjectivale (qui consisterait par exemple à dériver médic à partir de médical) ne constitue pas une formation habituelle en français.

Par ailleurs, bien que le nom paramédic se soit répandu au Québec, il y demeure perçu comme un mot anglais. En témoignent les réserves exprimées quant à son emploi. Par exemple, il est accompagné de marques normatives dépréciatives (anglicisme, critiqué, entre autres) dans les dictionnaires québécois qui le consignent. Aussi, de nombreux médias écrits au Québec continuent de privilégier l’emploi de termes comme ambulancier paramédical, paramédical et ambulancier dans des articles dans lesquels apparaît le mot paramédic uniquement dans des citations.

À la lumière de ce qui précède, l’Office québécois de la langue française continue de déconseiller l’emploi de paramédic et privilégie des termes comme technicien ambulancier paramédical, ambulancier paramédical, paramédical et ambulancier. Notons que la définition proposée dans les outils de l’Office ainsi que dans les dictionnaires québécois rend compte du concept moderne qui y est désormais associé au Québec.

Nous vous remercions de votre intérêt pour la langue française.


Une profession qui a profondément évolué

Il y a quelques décennies à peine, les services ambulanciers québécois étaient souvent associés au simple transport de patients. Dans certains cas, les véhicules ambulanciers étaient même opérés par des salons funéraires.

La réalité d’aujourd’hui est bien différente.

Les paramédics québécois suivent une formation collégiale de trois ans en soins préhospitaliers d’urgence, complétée par des centaines d’heures de stages et un examen national. Ils administrent des médicaments, interprètent des électrocardiogrammes, stabilisent des patients gravement blessés ou malades et prennent des décisions cliniques complexes dans des environnements souvent imprévisibles.

Le rôle qu’ils exercent correspond largement à celui que l’on retrouve ailleurs sous l’appellation paramedic.

Au Québec, l’usage populaire et professionnel a progressivement donné naissance à la forme francisée paramédic.


Une profession… sans reconnaissance professionnelle

Il existe toutefois une particularité importante.

Contrairement à plusieurs autres professions de la santé, les paramédics ne sont pas officiellement reconnus comme une profession au Québec.

Ils ne disposent pas d’un ordre professionnel et leur titre n’est pas protégé par un cadre comparable à celui des infirmières, des inhalothérapeutes ou des physiothérapeutes.

Leur désignation administrative officielle demeure encore aujourd’hui « technicien ambulancier paramédical », une appellation héritée d’une époque où la fonction était perçue avant tout comme un service de transport.

Dans ce contexte, la question du mot paramédic dépasse la simple linguistique.
Nommer une profession, c’est aussi reconnaître ce qu’elle est devenue.


La langue… et l’usage

La position de l’OQLF repose sur des considérations linguistiques précises concernant la formation des mots en français et la perception du terme comme anglicisme.

Mais sur le terrain, l’usage est déjà bien installé.

Dans les conversations quotidiennes, sur les réseaux sociaux, dans les milieux d’enseignement et même dans certaines communications institutionnelles, le mot paramédic circule largement.

L’histoire de la langue française montre d’ailleurs que de nombreux mots aujourd’hui parfaitement acceptés ont d’abord été critiqués avant d’être progressivement intégrés à l’usage.


Une discussion appelée à se poursuivre

Le débat autour du mot paramédic illustre une tension classique entre la norme linguistique et l’évolution des usages.

Dans ce cas précis, il reflète aussi la transformation d’un métier qui a profondément changé au cours des dernières décennies.

Car au-delà des règles grammaticales et des dictionnaires, les mots servent avant tout à nommer la réalité.

Et cette réalité continue d’évoluer.


Et vous?

Sur le terrain, comment vous présentez-vous?

Êtes-vous paramédic,
technicien ambulancier paramédical,
ou autre chose?

La question peut sembler linguistique.

Mais pour plusieurs, elle touche aussi à l’identité même de la profession.

Vos réflexions sont les bienvenues.

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