Québec manque de paramédics. Combien lui coûtera le retard de sa relève?
Opinion — La Dernière Ambulance | 13 octobre 2026
La version anglaise suit la version française.
Le Québec sait qu'il manque de paramédics. Il sait combien il lui en faudra dans les prochaines années. Il sait combien risquent de quitter la profession. Il sait combien de nouveaux paramédics devront être formés pour assurer les services à la population.
Tout cela est documenté dans un rapport préparé par Urgences-santé à la demande du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).
Et pourtant, au moment même où le réseau a désespérément besoin de relève, les moyens de pression liés aux négociations des paramédics empêchent la vaste majorité des étudiants concernés en soins préhospitaliers d'urgence (SPU) de terminer leurs stages obligatoires. Leur diplomation est retardée. Leur entrée dans la profession aussi.
Et personne ne semble avoir présenté à la population ce que cette situation pourrait coûter.
Une pénurie qui ne date pas d'hier
Le rapport Planification de la main-d'œuvre en effectifs paramédicaux 2024-2033 dresse un portrait préoccupant.
Le Québec comptait 6 112 paramédics actifs à la fin de 2023. Selon les projections, il lui en faudra 6 658 en 2033. Entre-temps, quelque 2 196 paramédics devraient quitter la profession ou prendre leur retraite.
Pour remplacer ces départs et répondre à l'augmentation des besoins, le réseau devra recruter environ 2 742 paramédics sur dix ans.
Autrement dit, le Québec doit non seulement trouver davantage de paramédics, mais aussi remplacer continuellement ceux qui quittent le réseau. Et cette relève ne se forme pas du jour au lendemain.
Un parcours de formation déjà fragile
Le rapport contient un chiffre particulièrement troublant.
Selon les données historiques analysées, seulement 31,6 % des étudiants inscrits en soins préhospitaliers d'urgence obtenaient leur diplôme dans le délai minimal de six sessions. Même en prolongeant la période d'observation jusqu'à dix sessions, le taux de diplomation n'atteignait que 51 %. Près de la moitié des étudiants n'avaient donc toujours pas obtenu leur diplôme au terme de cette période.
Ce ne sont pas des chiffres attribuables aux moyens de pression actuels. Ils décrivent une réalité qui existait déjà. Le réseau dépend ainsi d'un parcours de formation dans lequel moins du tiers des étudiants terminaient dans le délai minimal prévu.
Et voilà que s'ajoute aujourd'hui une interruption majeure des stages obligatoires.
Combien d'étudiants pourront reprendre rapidement leur formation? Combien devront attendre une nouvelle période de stage? Combien verront leur entrée dans la profession reportée de plusieurs mois?
Nous ne connaissons pas encore l'ampleur exacte de ces conséquences. Mais nous savons déjà que le réseau ne dispose pas d'une relève excédentaire capable d'absorber facilement de nouveaux retards.
Sur 100 étudiants inscrits en SPU…
Diplomation selon les cohortes historiques de 2013 à 2015
n'ont pas obtenu leur diplôme dans le délai minimal.
Source : Planification de la main-d'œuvre en effectifs paramédicaux 2024-2033, rapport préparé par Urgences-santé à la demande du MSSS, tableau 30, p. 48. Données des cohortes inscrites de 2013 à 2015, parmi les étudiants ayant terminé au moins une session. Le suivi considère la diplomation entre six et dix sessions. « Non diplômés » ne signifie pas nécessairement abandon définitif. Ces données précèdent les moyens de pression de 2026.
Out of 100 students enrolled in prehospital emergency care…
Graduation outcomes from the historical 2013–2015 cohorts
did not graduate within the minimum time.
Source: Planification de la main-d'œuvre en effectifs paramédicaux 2024-2033 (Paramedic Workforce Planning 2024–2033), prepared by Urgences-santé at the request of the MSSS, Table 30, p. 48. Historical cohorts enrolled from 2013 to 2015, among students who completed at least one semester. Graduation was tracked from six through ten semesters. “Had not graduated” does not necessarily mean permanently dropped out. These figures predate the 2026 labour dispute.
Un équilibre qui devait revenir en 2028
Le rapport prévoyait une amélioration graduelle de la situation.
Selon ses projections, 328 nouveaux paramédics devaient intégrer la main-d'œuvre en 2026. Malgré cet apport, le réseau devait encore afficher un déficit cumulatif de 84 paramédics. Ce n'est qu'en 2028 que les auteurs entrevoyaient un retour possible à l'équilibre entre les besoins de recrutement et l'arrivée de nouveaux effectifs.
Et encore, cette prévision dépendait de plusieurs conditions, notamment de la capacité du réseau à former, attirer et retenir suffisamment de paramédics.
Les étudiants dont les stages sont aujourd'hui retardés ne correspondent pas nécessairement aux 328 nouveaux entrants prévus pour 2026. Le passage de la diplomation à l'exercice de la profession comporte lui-même des délais. Mais une interruption importante des stages menace forcément les arrivées futures sur lesquelles repose cette projection.
Le retour à l'équilibre en 2028 était déjà une hypothèse fragile. Que devient-il maintenant?
Le problème des stages était déjà connu
Il y a quelque chose de particulièrement révélateur dans ce rapport.
Ses auteurs recommandent expressément une meilleure coordination entre le MSSS, les établissements d'enseignement, la Fédération des cégeps et les autres partenaires pour planifier la formation des futurs paramédics. Ils soulignent notamment la nécessité de développer et de mieux organiser les places de stage.
Autrement dit, le rapport reconnaît que l'accès aux stages est une condition essentielle au renouvellement de la main-d'œuvre. Ce n'est pas simplement un problème scolaire. C'est un problème de disponibilité future des soins préhospitaliers.
Et même lorsque les moyens de pression prendront fin, les stages qui n'ont pas été réalisés ne se compléteront pas par magie. Il faudra trouver des places, organiser leur supervision et permettre aux étudiants de terminer les heures exigées.
Pendant ce temps, les besoins du réseau ne disparaîtront pas. Les départs à la retraite continueront. D'autres paramédics quitteront la profession. Les besoins de la population continueront d'augmenter.
Le coût d'une convention collective. Et celui de l'impasse.
Il est parfaitement légitime que les paramédics réclament une convention collective juste et équitable. Leurs conditions de travail, leur rémunération et leur capacité à poursuivre une carrière dans cette profession font partie des enjeux de recrutement et de rétention que le rapport lui-même reconnaît comme déterminants.
Il faut maintenant poser une question que nous entendons beaucoup trop rarement.
Combien coûtera le retard de diplomation de cette relève à un réseau préhospitalier déjà à bout de souffle?
Combien coûteront les postes qui resteront vacants plus longtemps? Les heures supplémentaires nécessaires pour compenser les effectifs manquants? Les ambulances qui ne pourront pas être mises en service? Les ruptures de service qui pourraient se prolonger?
Et combien coûteront ces retards aux étudiants eux-mêmes, dont l'entrée dans la profession et les premiers revenus seront reportés?
Il y a aussi des conséquences qui ne se mesurent pas uniquement en dollars. Celles que subissent les paramédics déjà en poste. Et celles que peuvent subir les personnes qui attendent une ambulance.
Alors, posons l'autre question.
Combien coûterait, en comparaison, la conclusion d'une convention collective juste et équitable avec les paramédics du Québec?
Nous ne connaissons pas la réponse. Mais nous savons que le gouvernement dispose déjà d'un rapport qui documente la pénurie, chiffre les besoins futurs et reconnaît la fragilité de la formation et du recrutement.
Ce même rapport prévoit que le réseau pourrait commencer à retrouver son équilibre en 2028, à condition que les nouveaux paramédics arrivent comme prévu. Aujourd'hui, une partie importante de cette relève est immobilisée. Et le réseau continue de manquer de personnel.
Le coût d'une convention collective se retrouve dans les prévisions budgétaires du gouvernement.
Le coût d'une impasse prolongée se retrouve dans les ambulances qui manquent, les équipes qui s'épuisent, les carrières qui ne peuvent pas commencer et les soins que la population risque d'attendre plus longtemps.
Le Québec a pris la peine de calculer combien de paramédics il lui faudra jusqu'en 2033.
Il serait temps qu'il calcule aussi ce que lui coûte chaque mois pendant lequel il empêche sa relève de rejoindre ceux qui sont déjà au bout du rouleau.
Note : Planification de la main-d'œuvre en effectifs paramédicaux 2024-2033, rapport préparé par Urgences-santé à la demande du MSSS.
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Québec needs paramedics. What will delaying its next generation cost?
Opinion — La Dernière Ambulance | October 13, 2026
Québec knows it is short of paramedics. It knows how many it will need in the coming years. It knows how many are expected to leave the profession. It knows how many new paramedics must be trained to maintain services for the public.
All of this is documented in a report prepared by Urgences-santé at the request of Québec's Ministry of Health and Social Services (MSSS).
And yet, at the very moment the system desperately needs new paramedics, pressure tactics associated with ongoing collective bargaining have prevented the vast majority of affected students in prehospital emergency care programs from completing their mandatory clinical placements. Their graduation is being delayed. So is their entry into the profession.
And no one appears to have explained to the public what this situation could cost.
A shortage that did not begin yesterday
The report, Planification de la main-d'œuvre en effectifs paramédicaux 2024-2033 (Paramedic Workforce Planning 2024–2033), paints a troubling picture.
Québec had 6,112 active paramedics at the end of 2023. According to the projections, it will need 6,658 by 2033. In the meantime, approximately 2,196 paramedics are expected to retire or otherwise leave the profession.
To replace those departures and meet growing demand, the system will need to recruit approximately 2,742 paramedics over ten years.
In other words, Québec must not only find additional paramedics but continually replace those leaving the workforce. And training their replacements does not happen overnight.
An already fragile training pipeline
The report contains a particularly troubling statistic.
According to the historical data examined, only 31.6% of students enrolled in prehospital emergency care completed their diplomas within the minimum six semesters. Even when the observation period was extended to ten semesters, the graduation rate reached only 51%. Nearly half of the students had therefore still not graduated by the end of that period.
These figures are not attributable to the current pressure tactics. They describe a reality that already existed. The system depends on a training pathway in which fewer than one-third of students completed their studies within the minimum expected time.
And now a major interruption to mandatory clinical placements has been added to the equation.
How many students will be able to resume their training quickly? How many will have to wait for another clinical placement? How many will see their entry into the profession postponed by several months?
We do not yet know the full extent of these consequences. But we already know that the system does not have a surplus of new paramedics capable of easily absorbing additional delays.
Sur 100 étudiants inscrits en SPU…
Diplomation selon les cohortes historiques de 2013 à 2015
n'ont pas obtenu leur diplôme dans le délai minimal.
Source : Planification de la main-d'œuvre en effectifs paramédicaux 2024-2033, rapport préparé par Urgences-santé à la demande du MSSS, tableau 30, p. 48. Données des cohortes inscrites de 2013 à 2015, parmi les étudiants ayant terminé au moins une session. Le suivi considère la diplomation entre six et dix sessions. « Non diplômés » ne signifie pas nécessairement abandon définitif. Ces données précèdent les moyens de pression de 2026.
Out of 100 students enrolled in prehospital emergency care…
Graduation outcomes from the historical 2013–2015 cohorts
did not graduate within the minimum time.
Source: Planification de la main-d'œuvre en effectifs paramédicaux 2024-2033 (Paramedic Workforce Planning 2024–2033), prepared by Urgences-santé at the request of the MSSS, Table 30, p. 48. Historical cohorts enrolled from 2013 to 2015, among students who completed at least one semester. Graduation was tracked from six through ten semesters. “Had not graduated” does not necessarily mean permanently dropped out. These figures predate the 2026 labour dispute.
A balance that was supposed to return in 2028
The report anticipated a gradual improvement.
According to its projections, 328 new paramedics were expected to enter the workforce in 2026. Despite those additions, the system was still expected to face a cumulative shortfall of 84 paramedics. It was not until 2028 that the authors anticipated a possible return to balance between recruitment needs and incoming personnel.
Even then, that forecast depended on several conditions, including the system's ability to train, attract and retain enough paramedics.
The students whose clinical placements are now delayed are not necessarily the same individuals counted among the 328 projected entrants for 2026. There are additional steps and delays between graduation and entering professional practice. But a significant interruption to clinical placements necessarily threatens the future arrivals on which the projection depends.
The anticipated return to balance in 2028 was already a fragile assumption. What happens to it now?
The clinical placement problem was already known
There is something particularly revealing in this report.
Its authors explicitly recommend better coordination among the MSSS, educational institutions, the Fédération des cégeps and other partners to plan the training of future paramedics. They specifically emphasize the need to develop and better organize clinical placement opportunities.
In other words, the report recognizes that access to clinical placements is essential to renewing the workforce. This is not simply an educational problem. It is a problem of future access to prehospital emergency care.
And even when the pressure tactics end, the clinical placements that were not completed will not magically take care of themselves. Placement opportunities will have to be found, supervision organized and students given the opportunity to complete their required hours.
Meanwhile, the system's needs will not disappear. Retirements will continue. Other paramedics will leave the profession. Public demand for services will continue to grow.
The cost of a collective agreement. And the cost of the impasse.
It is entirely legitimate for paramedics to demand a fair and equitable collective agreement. Their working conditions, compensation and ability to sustain a career in the profession are among the recruitment and retention issues the report itself recognizes as decisive.
We now need to ask a question that is heard far too rarely.
What will delaying the graduation of these future paramedics cost a prehospital emergency care system that is already struggling to breathe?
What will it cost to leave positions vacant longer than expected? To pay the overtime needed to compensate for missing personnel? To keep ambulances out of service because crews are unavailable? To potentially prolong service interruptions?
And what will these delays cost the students themselves, whose entry into the profession and first earnings will be postponed?
There are also consequences that cannot be measured solely in dollars. Those borne by paramedics already working in the system. And those potentially experienced by people waiting for an ambulance.
So let us ask the other question.
By comparison, what would it cost to conclude a fair and equitable collective agreement with Québec's paramedics?
We do not know the answer. But we do know that the government already has a report documenting the shortage, quantifying future staffing needs and acknowledging the fragility of training and recruitment.
That same report projects that the system could begin returning to balance in 2028, provided new paramedics enter the workforce as expected. Today, a significant portion of that next generation is unable to move forward. And the system remains short of personnel.
The cost of a collective agreement appears in the government's budget forecasts.
The cost of a prolonged impasse appears in missing ambulances, exhausted crews, careers that cannot begin and care that the public may have to wait longer to receive.
Québec has taken the trouble to calculate how many paramedics it will need through 2033.
It is time to calculate what each additional month costs while it prevents the next generation from joining those who are already stretched to the breaking point.
Note: Planification de la main-d'œuvre en effectifs paramédicaux 2024-2033, a report prepared by Urgences-santé at the request of the MSSS.