Réflexion | « Ce que devrait être la profession dans le Québec de demain »

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Réflexion | « Ce que devrait être la profession dans le Québec de demain »

Un paramédic québécois estime que le conflit de travail actuel soulève une question beaucoup plus large que celle des salaires : quelle place veut-on donner aux paramédics dans le Québec de demain?

F. Larin a d’abord écrit à Paul St-Pierre Plamondon.

Dans son message au chef du Parti québécois, le paramédic abordait les négociations en cours, mais également la retraite, l’exposition répétée aux événements traumatiques, la reconnaissance professionnelle et le rôle que pourraient jouer les paramédics dans le système de santé.

La Dernière Ambulance lui a demandé d’aller plus loin.

« Nous ne sommes pas simplement témoins de ces situations : nous sommes directement dedans », avait-il écrit.

Que voulait-il dire?

« Sur le terrain, nous ne faisons pas qu’observer une situation difficile. Nous devons entrer dans cette situation, nous en approcher, intervenir physiquement auprès des patients, être exposés aux odeurs, aux sons, aux scènes et au sang ou à différents contaminants. Nous devons rester fonctionnels et prendre des décisions dans ce contexte, souvent alors que la situation est extrêmement chargée sur le plan humain. »

Pour Larin, la répétition de cette exposition est importante.

« Un événement difficile peut déjà être marquant. Mais lorsqu’on en accumule pendant 25 ou 30, voire 40 ans de carrière, l’exposition devient complètement différente. »

Il précise qu’il ne cherche pas à minimiser le travail des autres services d’urgence.

« Les policiers, les pompiers et les paramédics vivent chacun des réalités différentes. Mon point est simplement que notre profession comporte une forme d’exposition très particulière : nous sommes au contact direct des patients et de leur réalité pendant les moments les plus difficiles de leur vie. »

La retraite comme reconnaissance

C’est aussi pour cette raison que Larin ne réduit pas la discussion aux salaires.

Pour lui, la retraite devrait être considérée comme une reconnaissance de la réalité de la profession.

« Un être humain n’est pas nécessairement conçu pour être exposé pendant des décennies à une succession d’événements humains extrêmement difficiles. Avec les années, cette accumulation peut avoir des conséquences importantes sur la santé psychologique, la vie familiale et la capacité de continuer à exercer le métier dans les mêmes conditions. »

Puis il pose la question autrement :

« À mes yeux, la question n’est pas seulement : “Combien devrait gagner un paramédic?” La question est aussi : “Combien de temps peut-on raisonnablement demander à quelqu’un de faire ce travail avant de lui permettre de se retirer dans des conditions acceptables?” »

Larin défend personnellement la possibilité d’une retraite après 25 années de service.

« Ce n’est pas parce que 25 ans constitue un chiffre magique, mais parce qu’il reconnaît qu’une carrière de paramédic n’est pas comparable à une carrière où l’exposition à des situations traumatiques est beaucoup moins fréquente. »

Il dit toutefois être réaliste. Selon lui, la question de la retraite des paramédics évolue très peu depuis plus de 30 ans et les divisions entre les différentes organisations syndicales rendent parfois plus difficile l’obtention d’une position commune.

« C’est pour cette raison que je dis que si on réussissait au moins à faire reconnaître officiellement un seuil de 35 ans comme une première étape, ce serait déjà un changement important. Ensuite, on pourrait continuer à travailler vers 30 ans et éventuellement vers 25 ans. »

Mais son objectif demeure clair.

« Si on me demande quel devrait être l’objectif dès maintenant, ma réponse demeure 25 ans. »

Entre santé et sécurité publiques

La réflexion de Larin va au-delà de la retraite.

« Je pense d’abord qu’il faut avoir une réflexion plus large sur l’endroit où se situe réellement la profession de paramédic dans l’appareil gouvernemental. »

Il souligne que les paramédics sont actuellement intégrés au réseau de la santé, mais estime que leur travail comporte également une importante dimension de sécurité publique.

« Nous intervenons dans des domiciles, dans des lieux publics et dans des situations dont on ne connaît pas toujours la véritable nature avant d’arriver sur place. »

Un appel pour une difficulté respiratoire, une douleur ou un malaise, explique-t-il, peut prendre une tout autre tournure une fois les paramédics sur place.

« On peut se retrouver, une fois sur place, devant une personne désorganisée, agressive ou une situation qui devient dangereuse. Contrairement aux policiers, nous entrons souvent dans ces situations avec notre bonne volonté et notre équipement médical, mais sans les moyens de protection dont disposent les intervenants de la sécurité publique. »

Larin rappelle également que des paramédics ont été agressés et gravement blessés dans l’exercice de leurs fonctions.

Pour lui, cette réalité démontre que leur travail se situe « à la frontière entre la santé et la sécurité publique ».

« On sous-utilise énormément l’expertise des paramédics »

Larin estime également que l’expertise des paramédics est sous-utilisée.

« On parle constamment de l’engorgement des urgences. Or, une partie de la solution pourrait être de permettre aux paramédics, avec des protocoles clairs et les formations nécessaires, de faire davantage d’évaluation, de prévention, de triage et d’orientation directement sur le terrain. »

Il poursuit :

« Le paramédic est déjà sur place. Il peut évaluer la personne dans son environnement, comprendre sa situation et déterminer, selon les protocoles établis, si elle doit réellement être transportée à l’urgence ou si une autre ressource du réseau pourrait répondre à son besoin. On devrait davantage utiliser l’expertise complémentaire du paramédic. »

Pour Larin, la paramédecine communautaire pourrait permettre d’intervenir en amont, de prévenir certaines consultations à l’urgence et de mieux orienter les patients vers la bonne ressource.

« Pour la première fois depuis longtemps »

Pourquoi prendre la parole maintenant?

Larin répond qu’il perçoit quelque chose de différent.

« Parce que j’ai l’impression que, pour la première fois depuis longtemps, il y a un mouvement beaucoup plus fort chez les paramédics. »

Il cite notamment le rejet, à 71,6 %, de l’entente de principe par les membres des syndicats de paramédics affiliés à la CSN en août.

Les votes se sont déroulés du 4 au 19 août. L’entente de principe intervenue le 25 juillet a été rejetée par 71,6 % des membres ayant voté. Quelque 3 500 paramédics et répondants du secteur préhospitalier étaient concernés.

« Je pense donc que le contexte était propice pour prendre la parole et élargir la discussion au-delà des seules négociations syndicales. »

Et cette discussion, pour Larin, ne porte pas uniquement sur le salaire.

« Je ne voulais pas simplement parler de salaire. Je voulais parler de la reconnaissance de la profession, de la retraite, de notre rôle dans le système de santé et de ce que pourrait devenir la paramédecine au Québec. »

C’est dans ce contexte qu’il a choisi d’écrire directement à Paul St-Pierre Plamondon pendant la campagne électorale.

« Au-delà de la question de l’indépendance ou de toute autre position politique, mon objectif était de lui dire essentiellement ceci : si on veut améliorer les soins et les services offerts à la population québécoise, il faut aussi se demander comment on peut mieux utiliser et mieux reconnaître ceux qui interviennent auprès des patients avant même qu’ils arrivent à l’hôpital. »

Le bureau de PSPP répond

Larin a depuis reçu une réponse de l’équipe de Paul St-Pierre Plamondon.

Dans celle-ci, le bureau du chef péquiste rappelle que le député des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, s’est exprimé à plusieurs reprises sur les négociations et qu’il avait déposé, en février, une motion à l’Assemblée nationale à ce sujet.

Le 19 février, le Parti québécois avait demandé que l’Assemblée nationale réclame du gouvernement qu’il intensifie les négociations avec les représentants des paramédics afin de favoriser la conclusion d’une entente dans les meilleurs délais. La motion n’avait pas obtenu le consentement nécessaire pour être débattue.

Dans sa réponse à Larin, l’équipe de St-Pierre Plamondon mentionne également qu’un candidat du parti dans Rimouski a rencontré des représentants des paramédics.

« Soyez assuré qu’au Parti Québécois, nous sommes déterminés à faire avancer ce dossier pour toutes les bonnes raisons que vous mentionnez dans votre message, et notamment pour une revalorisation de cette vocation », lui a répondu l’équipe du chef.

Dans la réponse transmise à Larin, il n’est pas fait mention spécifiquement de sa proposition d’une retraite après 25 ans, de sa réflexion sur la place des paramédics entre la santé et la sécurité publique, ni de ses propositions concernant la paramédecine communautaire.

Larin avait expliqué à LDA pourquoi il souhaitait élargir cette discussion :

« Je pense qu’on est rendu à un moment où les paramédics doivent non seulement négocier leurs conditions de travail, mais aussi participer à la réflexion sur ce que devrait être la profession dans le Québec de demain. »

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Reflection | “What the profession should be in tomorrow’s Quebec”

A Quebec paramedic says the current labour dispute raises a much broader question than wages: what place do we want paramedics to have in tomorrow’s Quebec?

F. Larin first wrote to Paul St-Pierre Plamondon.

In his message to the Parti Québécois leader, the paramedic discussed the ongoing negotiations, but also retirement, repeated exposure to traumatic events, professional recognition and the role paramedics could play within the healthcare system.

La Dernière Ambulance asked him to go further.

“We are not simply witnesses to these situations. We are directly inside them,” he had written.

What did he mean?

“In the field, we don’t just observe a difficult situation. We have to enter it, get close to it, physically intervene with patients, and be exposed to the smells, sounds, scenes, blood or various contaminants. We have to remain functional and make decisions in that environment, often when the situation is extraordinarily intense on a human level.”

For Larin, the repeated nature of that exposure matters.

“One difficult event can already leave its mark. But when you accumulate them over a 25-, 30- or even 40-year career, the nature of that exposure becomes completely different.”

He stresses that he is not trying to diminish the work of other emergency services.

“Police officers, firefighters and paramedics each face different realities. My point is simply that our profession involves a very particular kind of exposure: we are in direct contact with patients and their reality during some of the most difficult moments of their lives.”

Retirement as recognition

That is also why Larin does not reduce the discussion to wages.

For him, retirement should be considered a recognition of the realities of the profession.

“A human being is not necessarily designed to spend decades being exposed to a succession of extremely difficult human events. Over the years, that accumulation can have significant consequences for psychological health, family life and the ability to continue doing the job under the same conditions.”

He puts the question another way:

“To me, the question isn’t only, ‘How much should a paramedic earn?’ The question is also, ‘How long can we reasonably ask someone to do this work before allowing them to retire under acceptable conditions?’”

Larin personally supports allowing paramedics to retire after 25 years of service.

“It’s not because 25 years is some magic number. It’s because it recognizes that a paramedic’s career is not comparable to a career in which exposure to traumatic situations is far less frequent.”

He says he is nevertheless realistic. In his view, the issue of paramedic retirement has moved very little in more than 30 years, while divisions among different labour organizations can sometimes make reaching a common position more difficult.

“That’s why I say that if we could at least get a 35-year threshold officially recognized as a first step, that would already represent an important change. Then we could continue working toward 30 years and eventually 25.”

But his objective remains clear.

“If you ask me what the goal should be right now, my answer is still 25 years.”

Between healthcare and public safety

Larin’s thinking extends beyond retirement.

“I think we first need a broader discussion about where the paramedic profession really belongs within the government structure.”

He notes that paramedics are currently part of the healthcare system, but believes their work also has an important public-safety dimension.

“We respond inside homes, in public places and to situations whose true nature we don’t always know before we arrive.”

A call for difficulty breathing, pain or illness, he explains, can become something entirely different once paramedics arrive.

“We can get there and find a person who is disorganized or aggressive, or a situation that becomes dangerous. Unlike police officers, we often enter these situations with our good intentions and our medical equipment, but without the protective resources available to public-safety personnel.”

Larin also points out that paramedics have been assaulted and seriously injured while doing their jobs.

For him, that reality demonstrates that their work exists “at the intersection of healthcare and public safety.”

“We vastly underuse paramedics’ expertise”

Larin also believes paramedic expertise is underused.

“We constantly talk about overcrowded emergency departments. Part of the solution could be allowing paramedics, with clear protocols and the necessary training, to do more assessment, prevention, triage and referral directly in the field.”

He continues:

“The paramedic is already there. They can assess the person in their own environment, understand their situation and determine, according to established protocols, whether they really need to be transported to the emergency department or whether another resource within the healthcare system could meet their needs. We should be making much greater use of the paramedic’s complementary expertise.”

For Larin, community paramedicine could allow the system to intervene earlier, prevent some emergency department visits and better direct patients to the appropriate resource.

“For the first time in a long time”

Why speak out now?

Larin says he senses something different.

“Because I have the impression that, for the first time in a long time, there is a much stronger movement among paramedics.”

He points in particular to the 71.6% rejection of the tentative agreement by members of CSN-affiliated paramedic unions in August.

Voting took place from August 4 to 19. The tentative agreement reached on July 25 was rejected by 71.6% of members who voted. About 3,500 paramedics and other prehospital-sector workers were concerned.

“So I think the circumstances were right to speak out and broaden the discussion beyond the union negotiations themselves.”

And for Larin, that discussion is not simply about wages.

“I didn’t want to talk only about salary. I wanted to talk about recognition of the profession, retirement, our role in the healthcare system and what paramedicine could become in Quebec.”

It was in that context that he chose to write directly to Paul St-Pierre Plamondon during the election campaign.

“Beyond the question of independence or any other political position, what I essentially wanted to tell him was this: if we want to improve the care and services provided to Quebecers, we also need to ask ourselves how we can better use and better recognize the people who care for patients before they ever reach the hospital.”

PSPP’s office responds

Larin has since received a response from Paul St-Pierre Plamondon’s team.

In its response, the PQ leader’s office notes that Îles-de-la-Madeleine MNA Joël Arseneau has spoken several times about the negotiations and had introduced a motion in the National Assembly on the issue in February.

On February 19, the Parti Québécois asked the National Assembly to call on the government to intensify negotiations with paramedic representatives in an effort to reach an agreement as quickly as possible. The motion did not receive the consent required to be debated.

In its response to Larin, St-Pierre Plamondon’s team also notes that a party candidate in Rimouski met with paramedic representatives.

“Rest assured that at the Parti Québécois, we are determined to move this issue forward for all the good reasons you mention in your message, including greater recognition of this vocation,” the leader’s team responded.

The response sent to Larin did not specifically address his proposal for retirement after 25 years, his thoughts on the position of paramedics between healthcare and public safety, or his proposals concerning community paramedicine.

Larin had explained to LDA why he wanted to broaden the discussion:

“I think we have reached a point where paramedics need not only to negotiate their working conditions, but also to take part in the discussion about what the profession should be in tomorrow’s Quebec.”

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