TÉMOIGNAGE | « C’est ÇA que je veux faire de ma vie »
Un étudiant en soins préhospitaliers d’urgence a fait parvenir ce texte à La Dernière Ambulance en nous demandant de préserver son anonymat.
Il y explique pourquoi, malgré les sacrifices qu’il sait déjà devoir faire, il veut toujours devenir paramédic — et adresse directement son message à la première ministre Christine Fréchette.
Mme Fréchette, j’aimerais sincèrement que vous lisiez tous ces messages d’étudiants frustrés, de paramédics à bout de force.
Quand je suis rentré dans le programme, je savais dans quoi je m’embarquais. Je savais que j’allais avoir des horaires difficiles. Que j’allais manquer des anniversaires, Noël en famille, des événements importants pour servir la population. Je savais que je n’allais pas finir tous les soirs à l’heure prévue. Je savais que mes pauses seraient parfois écourtées ou simplement annulées à cause d’un appel urgent. Je savais que j’étais plus à risque de développer des problèmes psychologiques.
Puis, malgré tout, je me suis engagé envers cette profession. Je me suis promis de me rendre jusqu’au bout parce que c’est ÇA que je veux faire de ma vie.
Être prêt à sacrifier sa propre vie pour venir en aide à des personnes qui vivent leur pire journée, faut le faire. Dans mon entourage, on me prend pour un fou. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que je ne me vois pas faire autre chose de ma vie. Si je suis encore à l’école, c’est parce que je rêve de ce métier depuis mon plus jeune âge.
Selon le site officiel d’Urgences-santé, ce sont environ 270 000 interventions par année uniquement à Montréal et Laval. Faites le calcul. Si on divise ça en 365 jours, ça représente un peu plus de 700 interventions PAR JOUR.
Imaginez un instant un monde où aucun paramédic ne répond à l’appel l’espace d’une journée…
Après ça, comment ne pas être frustrés lorsqu’on a l’impression que notre travail et nos compétences ne sont pas reconnus à leur juste valeur?
Lorsque tout va mal, les citoyens font confiance aux paramédics jour et nuit pour veiller sur leur santé. Pourquoi? Car ils ont fait trois ans d’études pour apprendre à sauver des vies.
Je pense que vous ne réalisez pas le nombre d’heures que mes collègues de classe, mes futurs partenaires et moi-même avons passées et passons à apprendre et à garder la connaissance de nos protocoles à jour. Tout ça, pour faire LA différence quand les gens auront besoin de nous.
À l’école, on nous demande d’apprendre tous les protocoles par cœur. D’apprendre les indications et contre-indications de plus de 10 médicaments. De connaître les maladies, avec les signes et symptômes principaux, et les situations cliniques urgentes pour offrir des soins rapides et efficaces. D’évaluer la condition de notre patient et de trouver rapidement l’hypothèse clinique la plus probable pour la traiter.
On nous demande de développer des techniques de communication pour aider une personne en crise et je pourrais continuer d’énumérer nos tâches pendant des heures.
Tout ça pour dire qu’un paramédic, ça fait beaucoup de choses. Même plus que ce que les protocoles nous demandent.
Les paramédics ne demandent pas l’or. Ils demandent une reconnaissance. Qu’on arrête de les prendre pour des moins que rien et qu’ils puissent effectuer cette vocation dans des conditions moins toxiques.
Ce n’est pas pour rien qu’après cinq ans, la moitié des nouvelles recrues abandonne le projet. C’est parce qu’il y a un problème que VOUS ne voulez pas régler.
Vous lisez La Dernière Ambulance. Pour ne rien manquer ...
TESTIMONY | “This is what I want to do with my life”
A prehospital emergency care student sent this text to The Last Ambulance and asked us to protect his anonymity.
He explains why, despite the sacrifices he already knows he will have to make, he still wants to become a paramedic — and addresses his message directly to Premier Christine Fréchette.
Premier Fréchette, I sincerely hope that you read all these messages from frustrated students and paramedics who have reached the end of their rope.
When I entered the program, I knew what I was getting into. I knew I was going to have difficult schedules. That I would miss birthdays, Christmas with my family and important events in order to serve the public. I knew I wouldn’t finish every shift at the scheduled time. I knew my breaks would sometimes be cut short or simply cancelled because of an urgent call. I knew I was at greater risk of developing psychological problems.
And despite all of that, I committed myself to this profession. I promised myself I would make it all the way because THIS is what I want to do with my life.
Being prepared to sacrifice your own life to help people who are living through the worst day of theirs — that takes something. People around me think I’m crazy. What they don’t know is that I can’t see myself doing anything else with my life. If I’m still in school, it’s because I have dreamed of doing this job since I was very young.
According to Urgences-santé’s official website, there are approximately 270,000 interventions every year in Montreal and Laval alone. Do the math. Divide that by 365 days and it represents a little more than 700 interventions EVERY DAY.
Imagine for a moment a world in which no paramedic answered the call for an entire day…
After that, how can we not be frustrated when we feel that our work and our skills are not recognized for what they are worth?
When everything goes wrong, people trust paramedics day and night to look after their health. Why? Because they studied for three years to learn how to save lives.
I don’t think you realize how many hours my classmates, my future partners and I have spent — and continue to spend — learning and keeping our knowledge of our protocols up to date. All of that so we can make THE difference when people need us.
At school, we are expected to learn every protocol by heart. To learn the indications and contraindications for more than 10 medications. To know diseases, their main signs and symptoms, and urgent clinical situations so we can provide rapid and effective care. To assess our patient’s condition and quickly determine the most likely clinical hypothesis in order to treat it.
We are expected to develop communication techniques to help someone in crisis, and I could keep listing our responsibilities for hours.
All of this is to say that a paramedic does a lot of things. Even more than what our protocols ask of us.
Paramedics aren’t asking for gold. They are asking for recognition. To stop being treated as though they are worth nothing and to be able to pursue this vocation under less toxic conditions.
There’s a reason that after five years, half of new recruits give up on the profession. It’s because there is a problem that YOU don’t want to fix.
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