Urgences-santé : les avertissements sont déjà là

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Urgences-santé : les avertissements sont déjà là

La version anglaise suit le texte français. / English follows French.

Le nouveau gouvernement du Québec arrive devant une situation dont les signaux d’alarme sont déjà documentés.

Les multiples Alertes Zéro Noir publiées par La Dernière Ambulance signalent des périodes où des appels de priorité 1 attendent qu’une ressource se libère. Nos informations opérationnelles documentent les effectifs manquants, les ambulances en moins et le recours répété aux mesures exceptionnelles pour maintenir la couverture de Montréal et de Laval.

Il n’est pas nécessaire d’attribuer un décès à un délai précis pour reconnaître la gravité de cette situation. Un appel urgent auquel aucune ambulance ne peut être affectée constitue déjà un signal de sécurité majeur.

La question est de savoir ce que l’organisation fait de ces signaux. Et quelle place ils occupent dans les décisions qui déterminent la sécurité du public.

Le 28 janvier 1986, la catastrophe de Challenger coûtait la vie à sept astronautes. La commission Rogers a ensuite examiné les défaillances organisationnelles qui avaient permis le lancement : la place accordée à la sécurité dans les décisions, la circulation des avertissements et la capacité de remettre en question les choix de gestion. Elle a notamment relevé une tendance à garder des problèmes potentiellement graves à l’intérieur d’un échelon de gestion plutôt qu’à les transmettre aux autres responsables.

La leçon dépasse largement le programme spatial : une organisation chargée de protéger des vies doit pouvoir entendre la critique, remettre en question ses procédures et modifier ses priorités lorsque les avertissements l’exigent.

La commission Rogers est intervenue après la mort de sept astronautes. Urgences-santé répond, chaque jour, aux urgences préhospitalières de toute la population de Montréal et de Laval, ainsi que des personnes qui y travaillent, y étudient ou y sont de passage.

Cette responsabilité donne une portée immense à la manière dont les avertissements sont traités.

La comparaison ne permet pas de présumer que les mêmes défaillances existent à Urgences-santé. Elle soulève toutefois une question essentielle : comment les risques remontent-ils du terrain jusqu’aux personnes qui ont le pouvoir d’agir?

Le 19 octobre, selon les informations reçues par LDA, Urgences-santé est passée au niveau MAP 3 alors que plusieurs appels de priorité 1 étaient en attente. Plus de 30 appels de priorité 3 attendaient également une ressource; celui qui se trouvait en tête de file patientait depuis plus de trois heures.

Cet épisode s’ajoute à ceux que nous avons déjà rapportés.

Chaque fois que les équipes réussissent à traverser une autre période critique, il faut se garder d’y voir la preuve que les conditions étaient acceptables. Les efforts des paramédics, des répartiteurs et des équipes de soutien peuvent permettre au service de tenir. Ils ne démontrent pas que sa marge de sécurité est suffisante.

Le retour à un niveau de fonctionnement moins critique ne fait pas disparaître ce qui vient de se produire. Pendant cette période, des personnes ont attendu une réponse urgente que le système n’était pas en mesure de leur fournir immédiatement.

Quand ces situations se répètent, leur fréquence risque aussi d’en atténuer la perception. Un événement exceptionnel devient familier. Une mesure de dernier recours devient une composante habituelle du fonctionnement. Le vocabulaire demeure celui de l’exception, même lorsque les équipes doivent composer régulièrement avec les mêmes conditions.

C’est là que la question des priorités organisationnelles devient incontournable.

Que signifie une alerte pour ceux qui la reçoivent? Déclenche-t-elle une analyse des causes et des correctifs? Comment distingue-t-on une difficulté ponctuelle d’une dégradation durable de la capacité de réponse? Quelle place accorde-t-on aux observations du personnel et aux critiques des façons de faire?

La Dernière Ambulance a d’ailleurs entrepris une démarche d’accès à l’information pour établir si Urgences-santé peut relier le devenir d’un patient aux soins reçus et à la manière dont son appel à l’aide a été traité : la priorité attribuée, les délais et la réponse apportée.

Nous cherchons à répondre à une question fondamentale : l’organisation peut-elle mesurer les conséquences cliniques de son fonctionnement, notamment lorsque des patients doivent attendre une ambulance?

Comptabiliser les appels et les délais est nécessaire. Savoir ce qui arrive aux patients l’est tout autant.

Notre demande ne permet pas de conclure que ce suivi existe ou qu’il est absent. Elle cherche précisément à l’établir. Sans cette réponse, nous ne pouvons pas présenter un bilan des conséquences cliniques de ces attentes. Nous pouvons toutefois documenter les situations où la capacité de répondre aux appels urgents fait défaut.

L’absence d’un décès formellement attribué à un délai ne constitue pas une démonstration de sécurité.

La pénurie de personnel, les délais hospitaliers et les contraintes de financement font partie du contexte. Ils contribuent à expliquer les pressions exercées sur le service. La question demeure entière : lorsque les ressources ne suffisent plus, comment le risque pour les patients est-il évalué, communiqué et réduit?

Les paramédics, les répartiteurs et les équipes de soutien vivent ces contraintes au quotidien. Leur capacité à maintenir le service dans des conditions difficiles ne peut devenir une assurance implicite que le système pourra toujours absorber la prochaine période critique.

Le nouveau gouvernement hérite de cette réalité. Il dispose aussi d’une occasion de poser un regard neuf sur les avertissements, sur les réponses apportées jusqu’ici et sur les informations qui lui permettront de juger de la sécurité du service.

Les Alertes Zéro Noir et les informations opérationnelles ne constituent pas une enquête complète sur Urgences-santé. Elles établissent néanmoins que les signaux d’alarme existent, qu’ils se répètent et qu’ils concernent directement la capacité de répondre à des appels urgents.

L’histoire de Challenger rappelle pourquoi il faut s’intéresser aux avertissements pendant qu’ils peuvent encore guider les décisions.

À Montréal et à Laval, ces avertissements sont déjà là.

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20-Oct-2026 — Urgences-santé: The warnings are already there

Québec’s incoming government faces a situation whose warning signs are already documented.

The multiple Alerte Zéro Noir notices published by La Dernière Ambulance identify periods when Priority 1 calls are waiting for an available resource. Our operational reports document staffing shortfalls, fewer ambulances and the repeated use of exceptional measures to maintain coverage across Montréal and Laval.

We do not need to attribute a death to a specific delay to recognize the seriousness of this situation. An urgent call to which no ambulance can be assigned is already a major safety warning.

The question is what the organization does with those warnings. And how much weight they carry in decisions that determine public safety.

On January 28, 1986, the Challenger disaster claimed the lives of seven astronauts. The Rogers Commission subsequently examined the organizational failures that had allowed the launch to proceed: the place of safety in decision-making, the communication of warnings and the ability to challenge management decisions. Among its findings was a tendency to keep potentially serious problems within one level of management rather than communicate them to other responsible officials.

The lesson extends well beyond the space program: an organization entrusted with protecting lives must be able to hear criticism, question its procedures and change its priorities when warnings demand it.

The Rogers Commission came after seven astronauts had died. Every day, Urgences-santé responds to prehospital emergencies involving the entire population of Montréal and Laval, as well as people who work, study or visit there.

That responsibility makes the way warnings are handled profoundly consequential.

The comparison does not establish that the same failures exist at Urgences-santé. It does, however, raise an essential question: how do risks identified on the front lines reach the people with the power to act?

On October 19, according to information received by LDA, Urgences-santé entered MAP 3 while multiple Priority 1 calls were waiting. More than 30 Priority 3 calls were also awaiting a resource; the longest had been waiting for more than three hours.

This episode adds to those we have already reported.

Every time crews make it through another critical period, we must resist treating that outcome as proof that the conditions were acceptable. The efforts of paramedics, dispatchers and support teams may keep the service running. They do not demonstrate that its safety margin is adequate.

A return to less critical operating conditions does not erase what just happened. During that period, people waited for an urgent response that the system could not immediately provide.

When these situations recur, their frequency can also dull the perception of their seriousness. An exceptional event becomes familiar. A measure of last resort becomes a routine part of operations. The language remains that of an exception, even as teams regularly contend with the same conditions.

This is where organizational priorities become impossible to ignore.

What does an alert mean to those receiving it? Does it trigger an examination of causes and corrective action? How does the organization distinguish a temporary difficulty from a sustained deterioration in response capacity? What weight does it give staff observations and criticism of established practices?

La Dernière Ambulance has also undertaken an access-to-information process to establish whether Urgences-santé can connect a patient’s outcome to the care received and the way their call for help was handled: the priority assigned, the delays and the response provided.

We are seeking an answer to a fundamental question: can the organization measure the clinical consequences of its operations, particularly when patients must wait for an ambulance?

Counting calls and measuring delays are necessary. Knowing what happens to patients is equally necessary.

Our request does not establish whether that follow-up exists or is absent. That is precisely what it seeks to determine. Without that answer, we cannot provide an accounting of the clinical consequences of these waits. We can, however, document situations in which the capacity to respond to urgent calls falls short.

The absence of a death formally attributed to a delay is not evidence of safety.

Staffing shortages, hospital delays and funding constraints are part of the context. They help explain the pressures on the service. The question remains: when resources are insufficient, how is the risk to patients assessed, communicated and reduced?

Paramedics, dispatchers and support teams live with these constraints every day. Their ability to maintain service under difficult conditions cannot become an implicit assurance that the system will always be able to absorb the next critical period.

The incoming government inherits this reality. It also has an opportunity to take a fresh look at the warnings, the responses to date and the information it will need to assess the safety of the service.

The Alerte Zéro Noir notices and operational reports do not constitute a complete investigation of Urgences-santé. They nevertheless establish that warning signs exist, that they recur and that they directly concern the capacity to respond to urgent calls.

The Challenger story reminds us why warnings deserve attention while they can still guide decisions.

In Montréal and Laval, those warnings are already there.