Camp Papillon : quand les sirènes laissent place aux sourires
SAINT-ALPHONSE-DE-RODRIGUEZ — Il existe des endroits qui ne ressemblent à aucun autre.
Le Camp Papillon est l'un de ces endroits.
Pour y arriver, il faut quitter les grands axes, traverser les collines de Lanaudière et suivre une route qui semble mener ailleurs. Puis, soudainement, le portail apparaît. Cette année, les campeurs ont choisi comme thème Narnia. Après une journée passée sur le site, difficile de trouver une comparaison plus juste.
Le 8 juillet, des paramédics provenant de plusieurs régions du Québec se sont réunis au camp pour la 4ieme edition de la Journée des services préhospitaliers d'urgence. Les ambulances ont défilé sur les chemins du site. Les gyrophares ont attiré les regards.
Les campeurs ont posé des questions, visité les véhicules, rencontré les équipages et découvert un univers qu'ils croisent habituellement dans des circonstances beaucoup moins joyeuses.
« Souvent, leur interaction avec les paramédics, c'est dans des crises », expliquait un organisateur de l'événement. « Aujourd'hui, c'est party time. »
Et c'est peut-être là toute la beauté de cette journée.
Dans le monde préhospitalier, les rencontres se font généralement lors des pires journées de la vie des gens : un accident, une maladie soudaine, une chute, une urgence familiale. Au Camp Papillon, les paramédics rencontrent les campeurs dans un tout autre contexte. On échange des sourires plutôt que des formulaires. On sert des hamburgers plutôt que des traitements. On répond à la curiosité plutôt qu'à la détresse.
Le résultat est puissant.
Pour les campeurs, l'ambulance cesse d'être un symbole de crise pour devenir un lieu d'exploration et de découverte.
Pour les paramédics, c'est un rappel de tout ce qui existe au-delà des appels 9-1-1.
« C'est comme un événement qui est bon pour l'âme. Faire ça comme une fois par année, puis ça va vous recharger pour cinq ans. C'est magique, c'est un élixir », résumait un participant.
Fondé il y a près de neuf décennies, le Camp Papillon est né d'une idée simple mais révolutionnaire : offrir aux personnes vivant avec un handicap les mêmes possibilités de découvertes, d'aventures et de liberté que tous les autres enfants.
Cette philosophie demeure vivante aujourd'hui.
« On ne s'en refuse rien au Camp Papillon », expliquait un membre de l'équipe du camp. « On veut leur faire vivre des choses que les gens disent parfois impossibles. Mais tout s'adapte. »
Au fil des années, le site s'est transformé en un véritable village adapté. Des sentiers, des plages, des quais, des pavillons, des activités nautiques, des espaces médicaux, des hébergements et des installations conçues pour permettre aux campeurs de vivre pleinement l'expérience.
Mais ce qui frappe le plus le visiteur n'est pas l'infrastructure.C'est l'atmosphère.
Partout, on retrouve le même esprit d'entraide, de respect et de bienveillance. Les différences ne sont pas perçues comme des limites. Elles deviennent simplement une autre façon d'être au monde.
Une bénévole résumait parfaitement le lien entre le thème de Narnia et l'esprit du camp :
« Les différences sont les forces des uns et des autres. »
À plusieurs reprises durant la journée, des paramédics ont confié à LDA qu'ils avaient l'impression de recevoir bien davantage qu'ils ne donnaient.
Après des années passées à intervenir dans des situations difficiles, à côtoyer la maladie, la souffrance et parfois la mort, plusieurs découvraient un espace où la compassion n'était pas une intervention clinique, mais simplement une présence.
Un endroit où les ambulances servent à faire rêver.
Un endroit où les gyrophares annoncent une fête plutôt qu'une urgence.
Un endroit où l'on se rappelle pourquoi les professions d'aide existent.
La veille, le monde paramédical canadien apprenait avec tristesse le décès de deux paramédics de l'Île-du-Prince-Édouard et du patient dont ils prenaient soin lors d'une collision routière au Nouveau-Brunswick.
Comme bien des membres de la communauté préhospitalière, plusieurs personnes présentes au Camp Papillon portaient ce deuil avec elles.
Peut-être est-ce pour cette raison que cette journée a résonné aussi fortement.
Dans une profession souvent définie par les crises, les pertes et les urgences, le Camp Papillon offre quelque chose de rare : une journée consacrée à la joie.
Et qu'au-delà des interventions, il existe aussi des moments qui guérissent ceux qui consacrent leur vie à aider les autres.