OPINION | Francis Brisebois
Les enjeux préhospitaliers occupent une place inhabituelle dans la présente campagne électorale québécoise.
Dans cette chronique qu’il a autorisé La Dernière Ambulance à republier, Francis Brisebois propose une réflexion sur ce qui a permis à ces enjeux de gagner du terrain dans le débat politique — et sur le rôle que peuvent jouer les communications pour transformer les réalités vécues sur le terrain en enjeux compris par les décideurs et la population.
Le texte qui suit est publié intégralement, tel qu’il a été écrit par son auteur.
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Être stratège dans le préhospitalier : vulgariser des enjeux aux différents publics et trouver des solutions pérennes avec les parties prenantes
Nul besoin d'être un mordu de politique ou d'actualité comme moi pour reconnaître que la présente campagne électorale est d'une grande importance pour notre société, mais aussi pour les personnes vulnérables, le système de santé et même le réseau préhospitalier.
Historiquement, il est rare que les partis politiques s'engagent sur les enjeux propres aux services préhospitaliers ou à la profession de paramédic. Or, nous remarquons pour cette campagne-ci des engagements clairs, inscrits dans des plateformes ou intégrés aux discours, en matière de rehaussement des services à la population.
En ordre chronologique depuis le début de la campagne :
🔵Coalition Avenir Québec : Le parti veut créer un ordre professionnel pour les paramédics. Cette annonce a semé la confusion, car la démarche est déjà en cours à l'Office des professions du Québec. Toutefois, après vérification auprès du parti, un gouvernement de la CAQ compte créer un ordre professionnel exclusif aux paramédics plutôt que de les intégrer à l'Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec. La CAQ souhaite aussi élargir davantage le rôle des paramédics.
🔵Parti conservateur du Québec : Le parti propose diverses mesures concernant les paramédics, notamment appuyer la création de l'ordre professionnel, moderniser le champ de pratique et les protocoles cliniques, déployer le traitement sur place et la paramédecine communautaire, puis libérer plus rapidement les ambulances dans les urgences.
🔵Parti Québécois : Dans son cadre financier, le parti compte investir 120 millions de dollars sur quatre ans pour rehausser la couverture en heures de service et en ambulances.
Au moment d'écrire ces lignes, le Parti libéral du Québec et Québec solidaire n'avaient pas encore pris d'engagements concernant les paramédics ou les services préhospitaliers.
Toutefois, au cours des dernières semaines, mes collègues et moi avons rencontré plusieurs candidates et candidats ainsi que les équipes des différentes formations politiques à travers le Québec.
Tous sont conscients des grèves qui perdurent et des revendications syndicales sur le salaire et la retraite. Les conditions de travail des paramédics ne sont pas qu'une affaire de négociation : elles sont aussi un enjeu de société, puisqu'elles influencent directement notre capacité à répondre à la population et à assumer notre responsabilité dans le système de santé. Par ailleurs, tous s'entendent pour dire que les paramédics peuvent aider davantage le réseau de la santé si on leur en donne les moyens.
Si les paramédics apparaissent aujourd'hui dans des plateformes électorales ou des engagements, c'est parce que des organisations, des gestionnaires, des syndicats et des paramédics ont pris la parole en amont, et ce, par les bons canaux, ont documenté les enjeux et les ont rendus compréhensibles à des gens qui ne vivent pas notre réalité au quotidien.
D’ailleurs, c'est là tout le rôle du stratège en communication dans le préhospitalier. Il doit traduire un temps-réponse, un délai de libération de paramédics à l'urgence ou une couverture en heures de service en conséquences concrètes pour une famille en région ou un aîné qui attend seul à domicile. Il adapte le message selon qu'il s'adresse à un candidat, à un conseiller politique, à un fonctionnaire, à un journaliste ou au grand public. En plus, il arrive avec des solutions réalistes, construites avec les parties prenantes, plutôt que de seulement dénoncer.
C'est pourquoi les communications ne sont pas un luxe pour nos organisations dans le préhospitalier. Elles sont une condition essentielle pour être entendus. Une organisation qui ne raconte pas ce qu'elle fait aux bonnes personnes laisse aux autres le soin de le faire à sa place. Cela dit, les engagements pris en campagne ne sont qu'un point de départ. Il faudra les suivre, les rappeler et travailler avec le prochain gouvernement, peu importe sa couleur, pour qu'ils deviennent réalité.
Le 5 octobre prochain, ou avant par anticipation, j'invite donc tout le monde à aller voter. Je m'adresse particulièrement à mes collègues paramédics. Nous sommes en première ligne du système de santé et donc aux premières loges des enjeux connus: les urgences débordées, les appels qui s'accumulent et les personnes vulnérables qui n’ont pas accès à des soins. Peu importe nos convictions ou le parti qui nous rejoint davantage, prenons le temps de lire les plateformes, d’écouter les débats, de questionner vos candidates et candidats, puis d'exercer votre droit de vote.
Au lendemain du scrutin, nous serons là pour poursuivre le travail avec celles et ceux qui auront été choisis. D'ici là, j'ai hâte de poursuivre mes rencontres avec ces personnes courageuses qui cherchent à gagner la confiance des communautés de leur circonscription. C'est ma façon de vivre cette campagne sur le terrain et de contribuer à l'amélioration des soins, même si être à bord des ambulances et aider des gens me manque souvent.
Je demeure optimiste : la profession affirmera son identité et prendra davantage sa destinée en main.
- Francis Brisebois
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OPINION | Francis Brisebois
Prehospital issues are occupying an unusual place in the current Quebec election campaign.
In this column, which he authorized La Dernière Ambulance to republish, Francis Brisebois reflects on what has allowed these issues to gain ground in the political debate — and on the role communications can play in turning realities experienced in the field into issues understood by decision-makers and the public.
The following text is published in full, as written by its author.
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Being a strategist in prehospital care: explaining issues to different audiences and finding lasting solutions with stakeholders
You don’t need to be a political or news junkie like me to recognize that the current election campaign is of great importance to our society, but also to vulnerable people, the healthcare system and even the prehospital network.
Historically, it has been rare for political parties to make commitments on issues specific to prehospital services or the paramedic profession. In this campaign, however, we are seeing clear commitments, included in platforms or incorporated into political discourse, aimed at improving services to the public.
In chronological order since the beginning of the campaign:
🔵 Coalition Avenir Québec: The party wants to create a professional order for paramedics. This announcement caused some confusion because the process is already underway at the Office des professions du Québec. However, after checking with the party, a CAQ government intends to create a professional order exclusively for paramedics rather than integrating them into the Ordre professionnel des inhalothérapeutes du Québec. The CAQ also wants to further expand the role of paramedics.
🔵 Conservative Party of Quebec: The party is proposing various measures concerning paramedics, including supporting the creation of a professional order, modernizing the scope of practice and clinical protocols, deploying treat-and-release care and community paramedicine, and getting ambulances released more quickly from emergency departments.
🔵 Parti Québécois: In its financial framework, the party plans to invest $120 million over four years to increase coverage in terms of service hours and ambulances.
At the time of writing, the Quebec Liberal Party and Québec solidaire had not yet made commitments concerning paramedics or prehospital services.
However, over the past several weeks, my colleagues and I have met with several candidates as well as teams from the various political parties across Quebec.
They are all aware of the ongoing strikes and union demands concerning wages and retirement. Paramedic working conditions are not simply a matter of collective bargaining: they are also a societal issue because they directly affect our ability to respond to the public and fulfill our responsibilities within the healthcare system. They also all agree that paramedics can do more to help the healthcare system if they are given the means to do so.
If paramedics are now appearing in election platforms or commitments, it is because organizations, managers, unions and paramedics spoke up beforehand, through the right channels, documented the issues and made them understandable to people who do not experience our reality every day.
That, in fact, is the role of a communications strategist in prehospital care. They must translate a response time, a delay in releasing paramedics from an emergency department or coverage measured in service hours into concrete consequences for a family in a rural area or a senior waiting alone at home. They adapt the message depending on whether they are speaking to a candidate, a political adviser, a public servant, a journalist or the general public. They also bring forward realistic solutions developed with stakeholders rather than simply denouncing problems.
That is why communications are not a luxury for our organizations in the prehospital sector. They are an essential condition for being heard. An organization that does not tell the right people what it does leaves it to others to tell the story in its place. That said, commitments made during an election campaign are only a starting point. They will have to be tracked and reiterated, and we will have to work with the next government, regardless of its political stripe, to turn them into reality.
On October 5, or earlier through advance voting, I therefore encourage everyone to vote. I am speaking particularly to my fellow paramedics. We are on the front line of the healthcare system and therefore have a front-row view of familiar problems: overcrowded emergency departments, calls piling up and vulnerable people who do not have access to care. Whatever our convictions or whichever party speaks to us most, let’s take the time to read the platforms, listen to the debates, question your candidates, and exercise your right to vote.
The day after the election, we will be there to continue the work with those who have been chosen. Until then, I look forward to continuing my meetings with these courageous people who are seeking to earn the trust of the communities in their ridings. It is my way of experiencing this campaign on the ground and contributing to improving care, even though I often miss being aboard ambulances and helping people.
I remain optimistic: the profession will assert its identity and take greater control of its own destiny.
- Francis Brisebois