OPINION | On peut ajouter des heures. On ne peut pas inventer des paramédics.

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OPINION | On peut ajouter des heures. On ne peut pas inventer des paramédics.
L'Anse-Saint-Jean QC - Photo: La Dernière Ambulance

Il faut avoir roulé un peu au Québec pour comprendre. Pas sur la 40 entre Montréal et Québec. Plus loin.

Là où le réseau cellulaire disparaît de temps en temps. Où le prochain village est encore à 40 kilomètres. Où on garde un œil sur le niveau d’essence. Où, la nuit, on ralentit parce qu’un orignal au milieu de la route gagne toujours.

Et où, lorsqu’on croise une ambulance, on se demande parfois d’où elle vient. Et jusqu’où elle doit aller.

C’est dans ce Québec-là que nous avons commencé à réfléchir à quatre nouveaux postes de paramédics à Chibougamau.

La transformation annoncée d’un horaire de faction en horaire à l’heure est une bonne nouvelle pour le secteur. Quatre nouveaux postes. Très bien.

Mais continuons de rouler un peu.

Parce que les paramédics qui vont occuper ces postes ne vont pas apparaître à Chibougamau un lundi matin avec leur uniforme, leur carte de compétence et un café.

Ils doivent venir de quelque part.

Et c’est là que la géographie devient intéressante.

Chibougamau. Chapais. Roberval. L’Anse-Saint-Jean. Petit-Saguenay. La Baie. Chicoutimi.

Des points sur une carte, peut-être.

Mais sur la route, ce sont des heures. Des kilomètres. De la forêt. Des communautés qui ont chacune besoin de leur ambulance lorsque quelqu’un compose le 9-1-1.

Et derrière plusieurs de ces ambulances, il y a un bassin de paramédics beaucoup moins grand que le territoire qu’ils doivent couvrir.

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Un courriel interne consulté par LDA nous en donne un aperçu.

La direction de l’entreprise concernée y explique que la transformation à Chibougamau créera quatre nouveaux postes. Elle explique aussi que sa capacité de remplacement demeure limitée et que l’embauche prévue depuis mai n’a pas pu se dérouler normalement en raison des moyens de pression en cours.

Conséquence : prudence dans l’attribution des vacances.

Ce n’est pas dramatique.

C’est justement ce qui nous intéresse.

Parce que les systèmes commencent rarement à montrer leurs limites avec une grande lumière rouge qui clignote.

Ça commence souvent avec des petites choses.

Un appel à tous pour trouver quelqu’un qui peut rentrer travailler. Puis un autre.

Une personne qui part. Une autre qui prend sa retraite. Une maladie. Un poste permanent comblé par quelqu’un qui faisait jusque-là partie de la banque de remplacement. Un quart devient plus difficile à couvrir.

Et puis, quelque part sur une route entre deux petites communautés, deux paramédics continuent de travailler.

Ils se sont levés pendant la nuit. Ils ont roulé. Ils ont pris soin de quelqu’un. Ils ont peut-être transporté ce patient très loin. Ils sont revenus.

Un autre appel.

Encore la route.

La fatigue n’est pas une ligne dans une convention collective. Elle est physique. Elle est mentale.

Et éventuellement, elle gagne.

C’est ce qui s’est produit cette fin de semaine à L’Anse-Saint-Jean.

Une équipe a dû être retirée préventivement du service en raison de la fatigue. Personne n’était disponible pour la remplacer.

Alors une ambulance du secteur de Saguenay a été redéployée pour maintenir une certaine couverture à L’Anse-Saint-Jean et Petit-Saguenay.

Et voilà.

Personne n’a créé une ambulance.

On l’a déplacée.

C’est peut-être toute l’histoire.

Parce qu’en région, lorsqu’on déplace une ressource pour remplir un trou, on en crée potentiellement un autre quelques dizaines de kilomètres plus loin.

Ça ne veut pas dire qu’il ne fallait pas déplacer cette ambulance. Ça ne veut certainement pas dire qu’il ne faut pas améliorer la couverture à Chibougamau.

Ça veut simplement dire qu’on ne peut pas parler des heures d’ambulance sans parler des personnes qui doivent les travailler.

Et elles ne sont pas interchangeables. Elles ne sont pas inépuisables.

Il faut les former. Les recruter. Leur donner envie de travailler en région. Leur donner aussi envie d’y rester.

Parce qu’on peut transformer un horaire. On peut créer quatre postes. On peut déplacer une ambulance de Saguenay vers L’Anse-Saint-Jean.

Mais quelque part, au bout de toutes ces décisions, il faut toujours deux personnes qui montent dans le véhicule, ferment les portes et prennent la route.

Et cette route, au Québec, peut être très longue.


OPINION | You can add hours. You can’t invent paramedics.

You have to spend some time driving across Quebec to understand.

Not Highway 40 between Montreal and Quebec City.

Farther out.

Where the cell signal disappears from time to time. Where the next town is another 40 kilometres down the road. Where you keep an eye on the fuel gauge. Where, at night, you slow down because a moose standing in the middle of the road always wins.

And where, when you pass an ambulance, you sometimes wonder where it came from.

And how far it still has to go.

It was while thinking about this Quebec that we started thinking about four new paramedic positions in Chibougamau.

The announced conversion of an on-call shift to an hourly schedule is good news for the area.

Four new positions.

Good.

But let’s keep driving for a while.

Because the paramedics who will fill those positions aren’t simply going to appear in Chibougamau one Monday morning carrying their uniforms, their certification cards and a cup of coffee.

They have to come from somewhere.

And that’s where the geography gets interesting.

Chibougamau. Chapais. Roberval. L’Anse-Saint-Jean. Petit-Saguenay. La Baie. Chicoutimi.

Dots on a map, perhaps.

On the road, they are hours. Kilometres. Forest. Communities that each need their ambulance when someone calls 9-1-1.

And behind many of those ambulances is a pool of paramedics considerably smaller than the territory they are expected to cover.

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An internal email reviewed by LDA offers a glimpse of that reality.

Management of the company involved explains that the conversion in Chibougamau will create four new positions. It also says its replacement capacity remains limited and that hiring planned since May has not proceeded normally because of ongoing job action.

The consequence: caution when approving vacation requests.

That isn’t dramatic.

And that’s exactly why it interests us.

Systems rarely begin showing their limits with a giant red warning light flashing.

It usually starts with small things.

A call goes out looking for someone who can come in to work.

Then another.

Someone leaves. Someone else retires. Someone gets sick. A permanent position is filled by someone who had been part of the replacement pool.

One shift becomes a little harder to cover.

And somewhere on a road between two small communities, two paramedics keep working.

They got up during the night. They drove. They cared for someone. Maybe they transported that patient a very long way.

They came back.

Another call.

Back on the road.

Fatigue isn’t a line in a collective agreement.

It’s physical. It’s mental.

And eventually, it wins.

That’s what happened this weekend in L’Anse-Saint-Jean.

A crew had to be taken out of service as a preventive measure because of fatigue. Nobody was available to replace them.

So an ambulance from the Saguenay area was redeployed to maintain some coverage in L’Anse-Saint-Jean and Petit-Saguenay.

And there it is.

Nobody created an ambulance.

They moved one.

That may be the whole story.

Because in rural Quebec, when you move a resource to fill one hole, you potentially create another one a few dozen kilometres down the road.

That doesn’t mean the ambulance shouldn’t have been moved.

It certainly doesn’t mean coverage in Chibougamau shouldn’t be improved.

It simply means we cannot talk about adding ambulance hours without talking about the people who have to work them.

And they are not interchangeable.

They are not inexhaustible.

They have to be trained. Recruited. Given a reason to work in rural and remote communities.

And given a reason to stay.

Because you can change a schedule. You can create four positions. You can move an ambulance from Saguenay to L’Anse-Saint-Jean.

But somewhere at the end of all those decisions, you still need two people to climb into the vehicle, close the doors and head down the road.

And in Quebec, that road can be very long.

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