« Pourquoi on était là » : trois paramédics racontent la manifestation de Montréal

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« Pourquoi on était là » : trois paramédics racontent la manifestation de Montréal

Des paramédics ont manifesté mercredi soir à Montréal, en marge du débat des chefs.

Au lendemain de la manifestation, La Dernière Ambulance a lancé un appel aux paramédics qui étaient sur place.

Pourquoi avaient-ils décidé d’y aller? Qu’est-ce que cette soirée représentait pour eux? Et qu’auraient-ils voulu que la population comprenne?

Trois paramédics ont répondu à LDA.


Deux paramédics et leur fille de trois ans

Le premier était à la manifestation avec sa conjointe, elle aussi paramédic, et leur fille de trois ans.

« C’est souvent difficile de concilier les horaires pour que cela fonctionne. Nous sommes tous les deux paramédics, la cause nous est chère, on est découragés de la négo qui s’éternise. »

Il évoque également un sentiment « d’injustice » et « d’inégalité » par rapport aux policiers, qui n’ont eux non plus pas accès au droit de grève.

Le couple avait décidé d’amener sa fille de trois ans à ce qu’il décrit comme une manifestation « pacifique mais dérangeante », où le niveau sonore était élevé avec les sirènes d’ambulance et les instruments habituels d’une manifestation.


« C’était la première fois que quelqu’un me posait cette question »

Un deuxième paramédic, qui a demandé à LDA de préserver son anonymat, était présent avec son partenaire d’ambulance. Ils avaient préparé des pancartes avec des messages qu’il voulait « clairs et frappants » :

« Sans paramédics, une urgence devient une statistique. »
« Le jour où il n’y aura plus de paramédics, il sera trop tard pour négocier. »

Il explique pourquoi il était là :

« On voulait passer un message clair au gouvernement qu’on est essentiels dans le système de santé et que, sans nous, la population est en danger. On est tannés de la CAQ qui rit de nous en pleine face. Ils disent une chose et font une chose complètement différente à la table de négociation. »

Pendant la manifestation, lui et son partenaire ont également parlé avec un journaliste de Radio-Canada.

« Il voulait savoir ce qui se passait et pourquoi on était là. On lui a expliqué la situation et on a profité de l’occasion pour parler des enjeux concernant la grève. »

Mais une autre conversation l’a particulièrement marqué.

Une femme qui promenait son chien s’est arrêtée pour leur poser des questions. Elle voulait notamment savoir comment la population pouvait aider les paramédics dans leurs négociations.

« On lui a dit de parler aux députés de sa circonscription de l’enjeu et qu’elle est inquiète pour sa santé et sa sécurité. »

Il est revenu sur cette rencontre lorsque LDA lui a demandé ce qu’il en avait retenu.

« Lorsqu’elle a demandé ce qu’elle pouvait faire pour nous aider, ça m’a grandement touché, car c’était la première fois que quelqu’un me posait cette question. Je lui lève mon chapeau pour son intérêt dans cette cause qui la touche indirectement. »

Selon lui, la population sait que les paramédics sont en grève, mais comprend moins bien les raisons pour lesquelles le conflit perdure.

« Je crois que la population sait qu’on est en grève, mais ne sait pas ce qui se passe à la table de négociation et pourquoi la grève traîne aussi longtemps. Ils demandent souvent pourquoi on est en grève et depuis quand. »

Lorsqu’il est rentré chez lui, il avait le sentiment que la manifestation avait atteint son objectif.

« J’ai eu l’impression qu’on avait réussi notre mission de se faire voir et de montrer notre mécontentement envers le gouvernement. »

Il ajoutait toutefois être « de moins en moins optimiste » qu’un contrat soit signé avant le 5 octobre, jour de l’élection provinciale au Québec.


« La force du nombre, on la connaît très bien »

Une troisième paramédic explique avoir participé parce qu’elle a « à cœur l’amélioration de [ses] conditions de travail » et qu’elle est consciente des limites imposées aux moyens de pression puisque les paramédics offrent un service essentiel.

Elle décrit ainsi ce que la soirée représentait pour elle :

« Pour moi, ça représentait un sentiment d’union, un rassemblement qui fait du bien, de sentir qu’on est tous là-dedans ensemble. Ça donne de l’énergie, de l’énergie pour continuer de prouver qu’on mérite mieux. D’être là et toujours là, peu importe. »

Elle résume le mandat de la soirée à sa façon :

« Le mandat était pas de tout casser, mais d’être présent et d’être gossant. Mission accomplie. »

Elle espère que la mobilisation encouragera d’autres paramédics à participer.

« J’espère que ça peut motiver ceux qui hésitent à suivre le mouvement. La masse fait la différence. Je suis de la génération des carrés rouges, la force du nombre, on la connaît très bien. »

LDA lui a demandé si elle avait retrouvé mercredi soir quelque chose du sentiment qu’elle avait connu à cette époque.

« Oui, j’ai retrouvé un sentiment similaire, mais à plus petite échelle. Bloquer l’autobus de la CAQ à 80 paramédics n’a pas le même impact qu’avec 500 paramédics. »

Elle poursuit :

« Quand les gens vont comprendre qu’individuellement on peut faire un effort et que la somme de tous ces petits efforts donne quelque chose de plus gros. Oui, ça peut avoir un impact. Les manifestations ont toujours eu leur raison d’être et vont toujours continuer. »

Elle estime aussi que d’autres moyens de pression pourraient accompagner les manifestations.

« Est-ce que d’autres idées de moyens de pression seraient bien, conjointement avec les manifestations? Oui! Mais go, trouvez des idées qui sont réalistes. »
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“Why we were there”: Three paramedics describe the Montreal protest

Paramedics demonstrated in Montreal Wednesday evening on the sidelines of the provincial leaders’ debate.

The day after the protest, La Dernière Ambulance put out a call to paramedics who had been there.

Why had they decided to go? What did the evening represent for them? And what did they wish the public understood?

Three paramedics responded to LDA.


Two paramedics and their three-year-old daughter

The first attended the demonstration with his partner, who is also a paramedic, and their three-year-old daughter.

“It’s often difficult to coordinate our schedules and make it work. We’re both paramedics, the cause matters to us, and we’re discouraged by negotiations that just keep dragging on.”

He also spoke of a sense of “injustice” and “inequality” compared with police officers, who likewise do not have the right to strike.

The couple decided to bring their three-year-old daughter to what he described as a “peaceful but disruptive” demonstration, where the noise level was high with ambulance sirens and the usual noisemakers of a protest.


“It was the first time anyone had ever asked me that question”

A second paramedic, who asked LDA to protect his anonymity, attended with his ambulance partner. They had prepared signs with messages he wanted to be “clear and striking”:

“Without paramedics, an emergency becomes a statistic.”
“The day there are no paramedics left, it will be too late to negotiate.”

He explained why he was there:

“We wanted to send a clear message to the government that we’re essential to the healthcare system and that, without us, the public is in danger. We’re fed up with the CAQ laughing in our faces. They say one thing and do something completely different at the bargaining table.”

During the demonstration, he and his partner also spoke with a Radio-Canada journalist.

“He wanted to know what was happening and why we were there. We explained the situation and took the opportunity to talk about the issues surrounding the strike.”

But another conversation particularly stayed with him.

A woman walking her dog stopped to ask them questions. Among other things, she wanted to know what members of the public could do to help paramedics in their negotiations.

“We told her to speak to the MNA in her riding about the issue and tell them that she’s concerned about her health and safety.”

He returned to that encounter when LDA asked what he had taken away from the evening.

“When she asked what she could do to help us, it really touched me because it was the first time anyone had ever asked me that question. I take my hat off to her for taking an interest in a cause that affects her indirectly.”

He believes the public knows paramedics are on strike but understands less about why the labour dispute has continued for so long.

“I think the public knows we’re on strike, but they don’t know what’s happening at the bargaining table or why the strike has dragged on for so long. They often ask why we’re on strike and how long we’ve been on strike.”

When he went home, he felt the demonstration had accomplished its objective.

“I felt like we had accomplished our mission of making ourselves visible and showing our dissatisfaction with the government.”

He added, however, that he was “less and less optimistic” that a contract would be signed before October 5, the date of Quebec’s provincial election.


“We know the strength of numbers very well”

A third paramedic said she participated because improving her working conditions is something she “cares deeply about,” and because she recognizes the limits placed on job action

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