Reconnaître l'exceptionnel, ignorer le quotidien. Entretien avec la chercheuse Noémie Labbé-Roy.
La version anglaise suit la version française. / The English version follows the French version.
Un patient survit. On souligne l’intervention. Mais lorsque les soins sont exemplaires et que le patient meurt, que reste-t-il à reconnaître?
Noémie Labbé-Roy et Charles Viau-Quesnel sont les coauteurs d’une étude québécoise publiée dans Safety Science : Recognizing the exceptional, ignoring the everyday: a qualitative study of work recognition among paramedics.
Autrement dit : reconnaître l’exceptionnel, ignorer le quotidien.
La Dernière Ambulance s’est entretenue avec Noémie Labbé-Roy sur ce que leurs travaux révèlent du travail qu’on célèbre — et de celui qui demeure dans l’ombre.
Vous terminez une intervention. Vous avez évalué le patient, pris les décisions qui s’imposaient, donné les soins nécessaires. Vous avez aussi rassuré, expliqué, accompagné.
Puis vous retournez en service.
Comment savez-vous que vous avez bien fait votre travail?
Pour plusieurs paramédics interrogés par Noémie Labbé-Roy et Charles Viau-Quesnel, la réponse tient dans le silence. Personne ne rappelle. Personne ne demande d’explications. Il faut en déduire que ça s’est bien passé.
Pas de nouvelles, bonnes nouvelles.
C’est l’un des constats de leur étude.
Le milieu sait souligner une réanimation réussie. Mais sait-il voir le travail qui remplit les quarts, celui qui exige du jugement et de l’attention sans nécessairement produire une histoire à raconter au gala?
La recherche repose sur des entretiens avec 21 paramédics de cinq organisations québécoises, réalisés à l’automne 2025. Quinze travaillaient à la CETAM. Ce sont leurs expériences que l’étude explore; elle ne permet pas de dire combien de paramédics, à l’échelle du Québec, vivent les mêmes situations.
Noémie Labbé-Roy est candidate au doctorat au Département de psychoéducation et travail social de l’Université du Québec à Trois-Rivières. LDA lui a transmis cinq questions, puis une sixième sur les lectures complémentaires.
Voici cet échange, avec ses réponses et le contexte tiré de l’étude.
Quand le silence tient lieu de reconnaissance
Dans les entretiens, certains paramédics associaient la présence d’un supérieur à quelque chose qui allait mal. D’autres se demandaient pourquoi un gestionnaire qui connaissait leurs bons coups ne leur en parlait jamais.
Ce silence laisse une question entière : les soins étaient-ils bons, ou n’ont-ils simplement pas attiré l’attention?
LDA — Votre étude montre que, pour plusieurs paramédics, l’absence de rétroaction devient pratiquement la façon de savoir qu’ils ont bien fait leur travail. Qu’est-ce que cela vous dit sur la culture de gestion dans les services préhospitaliers québécois?
Noémie Labbé-Roy —
Plusieurs personnes participantes ont effectivement rapporté que leurs interactions avec leurs supérieurs étaient souvent associées à des suivis disciplinaires. Dans ce contexte, le silence finit par devenir un repère : « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. »
Cela dit, nos résultats invitent à élargir la réflexion au-delà des relations avec les gestionnaires. Les personnes participantes rapportaient également que la reconnaissance entre collègues, bien que très appréciée lorsqu’elle était exprimée, demeurait relativement rare. L’enjeu concerne donc plus largement la place qu’occupe la reconnaissance dans le milieu préhospitalier.
Sa réponse élargit notre question. La reconnaissance circule aussi entre collègues. Elle peut commencer par quelqu’un qui voit ce que l’autre a fait et prend le temps de le lui dire.
Mais dans le portrait décrit par les participants, la reconnaissance organisationnelle se concentre surtout autour de quelques événements : les réanimations, les accouchements préhospitaliers et les années de service.
Le reste du travail est beaucoup moins visible.
Le travail qui remplit les quarts
L’étude décrit des paramédics qui consacrent une grande partie de leur pratique à évaluer, rassurer, soutenir et transporter des patients. Ces soins demandent du temps, du jugement clinique et des habiletés relationnelles.
Certains participants rapportent pourtant que prendre ce temps pouvait leur valoir un suivi disciplinaire, notamment sur la durée d’un appel ou le délai avant le retour en service.
C’est une contradiction qui mérite qu’on s’y arrête. Le paramédic croit avoir pris le temps nécessaire pour bien soigner. Le suivi porte sur le temps qu’il a pris.
Ce sont des expériences rapportées dans les entretiens. Les chercheurs n’ont pas interrogé les gestionnaires pour obtenir leur version de ces situations. Elles posent néanmoins une question très concrète : quelle place l’organisation accorde-t-elle aux soins qui prennent du temps?
LDA — Vous décrivez un écart entre le travail « imaginé » — les réanimations, les interventions spectaculaires — et le travail réellement accompli chaque jour, qui comprend beaucoup d’évaluation clinique, d’accompagnement et de soins psychosociaux. Est-ce que nos façons de reconnaître les paramédics entretiennent encore une image dépassée de leur profession?
Noémie Labbé-Roy —
Je parlerais plutôt d'une image incomplète. Elle reflète une partie réelle et importante du métier, mais en laisse une grande part dans l'ombre.
Plusieurs personnes participantes ont spontanément fait le lien entre ce qui est mis de l'avant dans la formation, ce qui est souligné par les organisations et ce qui circule dans l'espace public : les réanimations, les accouchements, les interventions à haute intensité. Ces situations font effectivement partie du travail paramédical, mais elles demeurent relativement rares.
Une grande partie du travail quotidien repose notamment sur l'évaluation clinique, l'accompagnement, le soutien psychosocial, la prise de décision et de gestion de situations complexes. Ces dimensions occupent beaucoup de place dans la pratique, mais semblent moins visibles et moins souvent reconnues. Nos façons de reconnaître les paramédics gagneraient à mieux refléter toute cette diversité.
Une image incomplète. La distinction est importante.
La réanimation appartient au métier. Elle exige des compétences, de la préparation et une équipe capable d’agir. Mais elle ne raconte pas, à elle seule, ce que fait un paramédic.
Dans l’étude, plusieurs participants établissent eux-mêmes le lien entre les interventions mises de l’avant pendant leur formation et celles qui leur valent ensuite une reconnaissance. Certains décrivent un décalage entre le métier qu’ils s’attendaient à exercer et celui qu’ils découvrent sur le terrain.
Si l’on valorise surtout les moments où l’on sauve une vie, que dit-on de tous les autres moments où l’on soigne?
Lorsque le patient ne survit pas
Un patient survit à un arrêt cardiaque. On peut souligner le travail de l’équipe qui est intervenue.
Un autre patient meurt, malgré des soins exemplaires.
Le résultat change. La qualité du travail n’a pas nécessairement changé.
Les participants à l’étude reviennent sur les circonstances qui échappent à leur contrôle. Le fait d’avoir reçu le bon appel, au bon moment, dans des conditions qui permettent une issue favorable peut ouvrir la porte à une reconnaissance. Des années de soins attentifs peuvent, elles, passer sans ce même moment.
La survie compte évidemment. Mais peut-elle être le seul critère pour reconnaître le travail d’un paramédic?
LDA — Votre étude soulève quelque chose de particulièrement intéressant à propos des réanimations : le résultat dépend de nombreux facteurs qui échappent au contrôle des paramédics. Qu’est-ce qu’on devrait reconnaître dans une intervention lorsque le patient ne survit pas, mais que les paramédics ont néanmoins fourni des soins cliniques exemplaires?
Noémie Labbé-Roy —
On peut reconnaître la qualité des soins, le jugement clinique, les compétences mobilisées et les efforts déployés, même lorsque le patient ne survit pas. La littérature offre des repères utiles à cet égard. Brun et Dugas (2005) distinguent quatre formes de reconnaissance au travail : la reconnaissance existentielle, celle de la pratique de travail, celle de l’investissement et celle des résultats. Le résultat ne constitue donc qu’une des dimensions à reconnaître.
La reconnaissance existentielle passe par le respect, l’écoute et l’attention portée au paramédic, notamment à son bien-être après une intervention difficile. La reconnaissance de la pratique de travail souligne les compétences et le savoir-faire mobilisés. Celle de l’investissement porte sur l’énergie et les efforts déployés, indépendamment du résultat.
Ces dimensions sont particulièrement importantes lors de réanimation, puisque la survie après un arrêt cardiaque hors de l’hôpital est rare. Dans une vaste étude américaine, le taux moyen de survie avec un bon état neurologique était d’environ 8 % et ne dépassait pas 15 %, même dans les services obtenant les meilleurs résultats (Girotra et al., 2024). Les paramédics interviennent donc dans des situations où, malgré des soins de grande qualité, l’issue demeure le plus souvent défavorable.
Conséquemment, il faut aussi considérer d'autres cibles de reconnaissance: reconnaître la technique, l'effort et, derrière toute réanimation, l'humain et le courage requis d'essayer de réanimer quelqu'un, même en sachant que les chances de succès sont limitées.
Les chiffres qu’elle cite viennent d’une étude américaine portant sur 470 services préhospitaliers. Le taux moyen de survie avec une issue neurologique favorable, ajusté selon les caractéristiques des patients et des arrêts cardiaques, était de 8,1 %. Les taux ajustés des services étudiés allaient de 1,8 % à 14,8 %.
Il s’agit des résultats des services américains étudiés, pas d’un taux québécois ni d’un plafond de survie applicable partout.
Pour notre discussion, la distinction demeure : on peut examiner la qualité des soins, l’effort et les décisions prises même lorsque le patient ne survit pas. On peut aussi demander au paramédic comment il va.
Une médaille ne dit pas toujours merci de la bonne façon
Dans l’étude, des participants décrivent des collègues qui préféraient ne pas assister à une cérémonie. Revenir devant tout le monde sur une intervention, rencontrer les proches, entendre à nouveau le récit pouvait représenter une charge émotionnelle supplémentaire.
Une intervention réussie peut avoir été difficile à vivre. Le fait que le patient ait survécu ne fait pas disparaître ce que le paramédic a traversé.
LDA — Certains participants vous ont dit que les cérémonies entourant une réanimation réussie pouvaient elles-mêmes être difficiles, parce qu’elles les obligeaient à revivre une intervention chargée émotionnellement. Comment peut-on reconnaître un paramédic sans présumer que la reconnaissance publique lui fera nécessairement du bien?
Noémie Labbé-Roy —
La première piste serait de consulter les paramédics sur les formes de reconnaissance qui leur conviennent, et de respecter le choix des personnes qui préfèrent ne pas participer à une cérémonie.
Ensuite, il serait certainement utile de diversifier les pratiques de reconnaissance. Une reconnaissance publique peut être très significative pour certaines personnes, mais elle gagne à être une marque de reconnaissance parmi d'autres. Un mot d'un supérieur ou d'un collègue, en privé et au bon moment, peut avoir autant de sens, et parfois davantage, qu'une médaille.
Enfin, la reconnaissance gagne à s'inscrire dans le quotidien, plutôt qu'à se concentrer dans un événement exceptionnel.
Il y a là une décision simple à prendre avant de choisir une scène, une photo ou une médaille : demander à la personne ce qui lui convient.
Les années de service soulèvent une autre question dans les entretiens. Plusieurs participants apprécient qu’on reconnaisse leur persévérance. Ils trouvent toutefois que l’ancienneté dit peu de choses sur la qualité des soins qu’ils donnent aujourd’hui.
Avoir tenu cinq, dix ou vingt ans mérite d’être souligné. Ce qu’on a fait pendant ces années mérite aussi d’être vu.
Ce que les directions peuvent commencer à changer
L’étude ne s’arrête pas au sentiment d’être oublié. Lorsqu’ils parlent de leur avenir professionnel, plusieurs participants relient le manque de reconnaissance à leur insatisfaction, et certains à leur intention de partir.
Ces témoignages ne démontrent pas que le manque de reconnaissance provoque à lui seul des départs. Ils montrent qu’il fait partie de ce que des paramédics pèsent lorsqu’ils se demandent s’ils veulent continuer.
La question prend alors une autre portée. Que fait-on, au quotidien, pour montrer à ces professionnels que leur travail compte?
LDA — Si vous aviez aujourd’hui devant vous les dirigeants des organisations préhospitalières du Québec et que vous pouviez leur demander de changer une chose concrète dans leur façon de reconnaître le travail des paramédics, quelle serait-elle — et à quoi ressemblerait-elle sur le terrain?
Noémie Labbé-Roy —
Je leur proposerais de prendre le temps de définir, avec les paramédics, ce qui mérite d’être reconnu dans leur travail aujourd’hui. J’ai eu l’occasion de présenter nos résultats aux directions de plusieurs organisations préhospitalières et l’accueil a été très attentif.
La profession est jeune et a évolué très rapidement. Historiquement centrée sur le transport rapide et les interventions à haute intensité, elle comprend aujourd’hui une large part de soins cliniques et psychosociaux, parfois dans des situations non urgentes. Les façons de reconnaître le travail n’ont pas nécessairement évolué au même rythme.
Concrètement, cette démarche pourrait prendre la forme d'une réflexion collective incluant toutes les parties prenantes du milieu, autour de deux questions : en quoi consiste le travail des paramédics aujourd’hui, et quelles sont les caractéristiques d'un « bon » paramédic? Une fois ces éléments nommés, il devient plus facile de les reconnaître au quotidien.
La chercheuse rapporte un accueil attentif des directions auxquelles elle a présenté les résultats. Ses réponses ne font toutefois état d’aucun engagement précis à modifier les pratiques.
L’accueil ouvre la discussion. Pour que cette réflexion se traduise en changement, elle devra rejoindre les quarts de travail.
Lorsqu’un supérieur soulignera une évaluation bien menée. Lorsqu’un collègue nommera le jugement dont son partenaire a fait preuve. Lorsqu’on s’intéressera à la qualité de l’accompagnement, même si l’appel n’avait rien de spectaculaire.
La question posée par cette étude finit par rejoindre celle du départ : comment un paramédic sait-il qu’il a bien fait son travail?
Il devrait pouvoir compter sur autre chose que l’absence d’un appel de son supérieur.
Les lectures proposées par Noémie Labbé-Roy
Nous lui avons aussi demandé où poursuivre cette réflexion. Voici les travaux et l’outil qu’elle recommande.
LDA — Au-delà de votre propre article, y a-t-il des recherches, articles ou auteurs que vous nous recommanderiez de lire sur la reconnaissance organisationnelle des paramédics, ou plus largement sur la reconnaissance dans le milieu préhospitalier?
Noémie Labbé-Roy —
Peu d’études portent spécifiquement sur la reconnaissance chez les paramédics. Cette question est souvent abordée indirectement, notamment à travers le modèle de Karasek et Theorell (1990), qui s’intéresse aux exigences du travail, à la latitude décisionnelle et au soutien social, ou celui de Siegrist (1996), qui porte sur le déséquilibre entre les efforts et les récompenses.
Voici tout de même quelques lectures intéressantes :
Pour comprendre ce qu'est la reconnaissance au travail et comment la mettre en pratique, le coffret « La reconnaissance au travail », conçu sous la direction de Jean-Pierre Brun et diffusé gratuitement par le Centre d'expertise en gestion de la santé et de la sécurité du travail de l'Université Laval, demeure une référence au Québec. Il présente les différentes formes de reconnaissance et les personnes qui peuvent l'exprimer, et propose des guides pratiques pour faire le point sur les pratiques d'une organisation et implanter un programme de reconnaissance.
L'étude québécoise de Dufresne, Deschênes et Bastille (2020) explore les formes de reconnaissance qui ont du sens pour les répartiteurs d'urgence. Elle propose un modèle de reconnaissance adapté à ce métier, qui tient compte des différentes personnes avec qui les répartiteurs interagissent, comme les policiers et les collègues.
L'étude de Hegg-Deloye et ses collègues (2014) dresse un portrait de l'exposition des paramédics québécois aux contraintes psychosociales au travail. Elle relève notamment le manque de soutien social de la part des collègues et des supérieurs et un déséquilibre entre les efforts investis dans le travail et les récompenses.
Enfin, du côté de la littérature anglophone, la métasynthèse de Rees et ses collègues (2022) propose une réflexion sur l'écart entre l'image héroïque des paramédics et leur expérience quotidienne.
La recherche québécoise de 2014 mérite une précision : elle relevait des difficultés importantes de soutien social et d’efforts excessifs, mais aussi des dimensions favorables, dont la reconnaissance. Elle ne décrit donc pas une absence générale de reconnaissance. Ses données ont été recueillies en 2010 et 2011.
Ces lectures permettent de prolonger la discussion. Le point de départ, lui, demeure le travail que les paramédics accomplissent chaque jour et la place qu’on lui accorde.
À propos de l’étude et de cet entretien
Les réponses de Noémie Labbé-Roy sont reproduites sans coupures de contenu. La présentation en paragraphes a été adaptée. Les passages entre les questions et les réponses sont de LDA.
L’étude de Noémie Labbé-Roy et Charles Viau-Quesnel, Recognizing the exceptional, ignoring the everyday: a qualitative study of work recognition among paramedics, est publiée dans Safety Science, volume 204, article 107397.
Les participants ont été recrutés volontairement pendant un conflit de travail. La recherche a bénéficié d’un financement de Mitacs, du Fonds de recherche du Québec — Société et culture et de la CETAM. L’entente de financement avec l’organisation partenaire exigeait au moins dix participants de la CETAM, ce qui contribue à expliquer sa forte représentation dans le groupe.
Les travaux sur la reconnaissance cités dans la troisième réponse sont ceux de Jean-Pierre Brun et Ninon Dugas, publiés en 2005. Les données sur la survie après un arrêt cardiaque proviennent de Saket Girotra et ses collègues, publiées en 2024 dans JAMA Cardiology.
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Recognizing the exceptional, ignoring the everyday. An interview with researcher Noémie Labbé-Roy.
A patient survives. The intervention is recognized. But when the care is exemplary and the patient dies, what is left to recognize?
Noémie Labbé-Roy and Charles Viau-Quesnel are the coauthors of a Québec study published in Safety Science: Recognizing the exceptional, ignoring the everyday: a qualitative study of work recognition among paramedics.
Recognizing the exceptional. Ignoring the everyday.
La Dernière Ambulance spoke with Noémie Labbé-Roy about what their research reveals about the work we celebrate—and the work that remains in the shadows.
You finish a call. You have assessed the patient, made the decisions the situation required and provided the necessary care. You have also reassured, explained and supported.
Then you return to service.
How do you know you did your job well?
For several paramedics interviewed by Noémie Labbé-Roy and Charles Viau-Quesnel, the answer lies in silence. Nobody calls back. Nobody asks for an explanation. You have to assume things went well.
No news is good news.
That is one of the study’s findings.
The profession knows how to recognize a successful resuscitation. But does it know how to see the work that fills a shift—the work that requires judgment and attention without necessarily producing a story to tell at an awards gala?
The research draws on interviews with 21 paramedics from five Québec organizations, conducted in the fall of 2025. Fifteen worked for CETAM. The study explores their experiences; it cannot tell us how many paramedics across Québec encounter the same situations.
Noémie Labbé-Roy is a doctoral candidate in the Department of Psychoeducation and Social Work at the Université du Québec à Trois-Rivières. LDA sent her five questions, followed by a sixth asking about further reading.
Here is that exchange, with her responses and context drawn from the study. Her responses have been translated from French.
When silence stands in for recognition
In the interviews, some paramedics associated a supervisor’s presence with something having gone wrong. Others wondered why a manager who knew about their good work never mentioned it to them.
That silence leaves a question unanswered: was the care good, or did it simply escape notice?
LDA — Your study shows that, for several paramedics, the absence of feedback becomes practically the way they know they have done their job well. What does that tell you about management culture in Québec’s prehospital services?
Noémie Labbé-Roy —
Several participants did indeed report that their interactions with supervisors were often associated with disciplinary follow-ups. In that context, silence eventually becomes a reference point: “No news is good news.”
That said, our findings invite us to broaden the discussion beyond relationships with managers. Participants also reported that recognition between colleagues, although greatly appreciated when expressed, remained relatively rare. The issue therefore concerns the place of recognition in the prehospital sector more broadly.
Her answer broadens our question. Recognition also circulates between colleagues. It can begin with someone noticing what another person has done and taking the time to tell them.
But in the picture described by participants, organizational recognition centres mainly on a few events: resuscitations, prehospital births and years of service.
The rest of the work is much less visible.
The work that fills a shift
The study describes paramedics who devote a large part of their practice to assessing, reassuring, supporting and transporting patients. That care takes time, clinical judgment and interpersonal skills.
Yet some participants report that taking that time could result in a disciplinary follow-up, particularly concerning the length of a call or the time before returning to service.
That contradiction deserves attention. The paramedic believes they took the time necessary to provide good care. The follow-up concerns the time they took.
These are experiences reported in the interviews. The researchers did not interview managers to obtain their accounts of these situations. Nonetheless, the experiences raise a very concrete question: what place does the organization make for care that takes time?
LDA — You describe a gap between “imagined” work—resuscitations and dramatic interventions—and the work actually done each day, which includes a great deal of clinical assessment, support and psychosocial care. Do our ways of recognizing paramedics still perpetuate an outdated image of their profession?
Noémie Labbé-Roy —
I would describe it instead as an incomplete image. It reflects a real and important part of the profession, but leaves a large part in the shadows.
Several participants spontaneously connected what is emphasized in training, what organizations recognize and what circulates in the public sphere: resuscitations, births and high-intensity interventions. These situations are indeed part of paramedic work, but they remain relatively rare.
A large part of everyday work involves clinical assessment, support, psychosocial care, decision-making and managing complex situations. These dimensions occupy a great deal of space in practice, but seem less visible and less often recognized. Our ways of recognizing paramedics would benefit from better reflecting that full diversity.
An incomplete image. The distinction matters.
Resuscitation is part of the job. It requires skills, preparation and a team able to act. But it cannot, on its own, tell the story of what a paramedic does.
In the study, several participants themselves connect the interventions emphasized during training with those that later earn them recognition. Some describe a gap between the profession they expected to practise and the one they discover in the field.
If we mainly value the moments when a life is saved, what are we saying about all the other moments when care is provided?
When the patient does not survive
A patient survives a cardiac arrest. The work of the responding team can be recognized.
Another patient dies, despite exemplary care.
The outcome changes. The quality of the work has not necessarily changed.
Study participants return to the circumstances beyond their control. Getting the right call at the right time, under conditions that allow a favourable outcome, can open the door to recognition. Years of attentive care can pass without that same moment.
Survival obviously matters. But can it be the sole criterion for recognizing a paramedic’s work?
LDA — Your study raises a particularly interesting point about resuscitations: the outcome depends on many factors beyond paramedics’ control. What should we recognize in an intervention when the patient does not survive, but the paramedics have nevertheless provided exemplary clinical care?
Noémie Labbé-Roy —
We can recognize the quality of care, clinical judgment, skills used and efforts made, even when the patient does not survive. The literature offers useful guidance here. Brun and Dugas (2005) distinguish four forms of recognition at work: recognition of the person, recognition of work practice, recognition of investment in the work and recognition of results. The outcome is therefore only one of the dimensions to recognize.
Recognition of the person involves respect, listening and attention to the paramedic, particularly their well-being after a difficult intervention. Recognition of work practice acknowledges the skills and expertise used. Recognition of investment concerns the energy and effort expended, regardless of the outcome.
These dimensions are particularly important during resuscitation, since survival after an out-of-hospital cardiac arrest is rare. In a large American study, the average survival rate with a good neurological outcome was approximately 8% and did not exceed 15%, even in the services with the best results (Girotra et al., 2024). Paramedics therefore intervene in situations where, despite high-quality care, the outcome most often remains unfavourable.
Consequently, we must also consider other things to recognize: the technique, the effort and, behind every resuscitation, the human being and the courage it takes to try to resuscitate someone, even knowing that the chances of success are limited.
The figures she cites come from an American study involving 470 prehospital services. The average rate of survival with a favourable neurological outcome, adjusted for patient and cardiac arrest characteristics, was 8.1%. The adjusted rates among the services studied ranged from 1.8% to 14.8%.
These are results from the American services studied, not a Québec rate or a survival ceiling that applies everywhere.
For our discussion, the distinction remains: we can examine the quality of care, the effort and the decisions made even when the patient does not survive. We can also ask the paramedic how they are doing.
A medal does not always say thank you in the right way
In the study, participants describe colleagues who preferred not to attend a ceremony. Revisiting an intervention in front of everyone, meeting relatives and hearing the story again could represent an additional emotional burden.
A successful intervention can have been difficult to experience. The patient’s survival does not erase what the paramedic went through.
LDA — Some participants told you that ceremonies celebrating a successful resuscitation could themselves be difficult, because they required them to relive an emotionally charged intervention. How can we recognize a paramedic without assuming that public recognition will necessarily do them good?
Noémie Labbé-Roy —
The first step would be to consult paramedics about the forms of recognition that suit them, and to respect the choice of those who prefer not to participate in a ceremony.
It would then certainly be useful to diversify recognition practices. Public recognition can be very meaningful for some people, but it benefits from being one form of recognition among others. A word from a supervisor or colleague, in private and at the right moment, can carry as much meaning—and sometimes more—than a medal.
Finally, recognition benefits from being part of everyday life rather than concentrated in an exceptional event.
There is a simple decision to make before choosing a stage, a photograph or a medal: ask the person what suits them.
Years of service raise another question in the interviews. Several participants appreciate having their perseverance recognized. They nevertheless find that seniority says little about the quality of the care they provide today.
Lasting five, ten or twenty years deserves recognition. What someone did during those years deserves to be seen as well.
What organizational leaders can begin to change
The study goes beyond the feeling of being forgotten. When discussing their professional futures, several participants connect insufficient recognition with their dissatisfaction, and some with their intention to leave.
These accounts do not demonstrate that insufficient recognition causes departures on its own. They show that it is part of what paramedics weigh when asking themselves whether they want to continue.
The question then takes on a different significance. What do we do, each day, to show these professionals that their work matters?
LDA — If the leaders of Québec’s prehospital organizations were in front of you today and you could ask them to change one concrete thing about how they recognize paramedics’ work, what would it be—and what would it look like in practice?
Noémie Labbé-Roy —
I would suggest they take the time to define, together with paramedics, what deserves recognition in their work today. I have had the opportunity to present our findings to the leadership of several prehospital organizations, and the reception was very attentive.
The profession is young and has evolved very quickly. Historically centred on rapid transport and high-intensity interventions, it now includes a substantial amount of clinical and psychosocial care, sometimes in non-urgent situations. Ways of recognizing the work have not necessarily evolved at the same pace.
In concrete terms, this process could take the form of a collective discussion involving all stakeholders in the sector, around two questions: what does paramedics’ work consist of today, and what are the characteristics of a “good” paramedic? Once these elements have been identified, it becomes easier to recognize them in everyday life.
The researcher reports an attentive reception from the organizational leaders to whom she presented the findings. Her responses do not, however, report any specific commitment to change practices.
That reception opens the discussion. For this reflection to translate into change, it will have to reach the shifts themselves.
When a supervisor acknowledges a well-conducted assessment. When a colleague names the judgment their partner demonstrated. When attention is paid to the quality of support provided, even if there was nothing dramatic about the call.
The question this study raises ultimately returns to the one we started with: how does a paramedic know they have done their job well?
They should be able to rely on something other than the absence of a call from their supervisor.
Reading recommended by Noémie Labbé-Roy
We also asked her where to take this discussion next. Here are the studies and resource she recommends.
LDA — Beyond your own article, are there studies, articles or authors you would recommend we read on organizational recognition of paramedics, or more broadly on recognition in the prehospital sector?
Noémie Labbé-Roy —
Few studies specifically address recognition among paramedics. The question is often approached indirectly, notably through the model developed by Karasek and Theorell (1990), which examines job demands, decision latitude and social support, or that of Siegrist (1996), which concerns the imbalance between efforts and rewards.
Here are some interesting readings nonetheless:
To understand what recognition at work is and how to put it into practice, the “La reconnaissance au travail” toolkit, developed under the direction of Jean-Pierre Brun and made available free of charge by Université Laval’s Centre d’expertise en gestion de la santé et de la sécurité du travail, remains a reference in Québec. It presents the different forms of recognition and the people who can express it, and offers practical guides for reviewing an organization’s practices and implementing a recognition program.
The Québec study by Dufresne, Deschênes and Bastille (2020) explores forms of recognition that are meaningful to emergency dispatchers. It proposes a recognition model adapted to the occupation, taking into account the different people dispatchers interact with, such as police officers and colleagues.
The study by Hegg-Deloye and colleagues (2014) presents a picture of Québec paramedics’ exposure to psychosocial constraints at work. It identifies, among other things, a lack of social support from colleagues and supervisors, and an imbalance between the efforts invested in work and rewards.
Finally, in the English-language literature, the metasynthesis by Rees and colleagues (2022) offers a reflection on the gap between the heroic image of paramedics and their everyday experience.
The 2014 Québec study warrants a clarification: it identified significant difficulties involving social support and excessive effort, but also favourable dimensions, including recognition. It therefore does not describe a general absence of recognition. Its data were collected in 2010 and 2011.
These readings help extend the discussion. Its starting point remains the work paramedics do each day and the place we give it.
About the study and this interview
Noémie Labbé-Roy’s responses are reproduced in full in the French section and translated into English here. Paragraph formatting has been adapted. The passages between the questions and responses are by LDA.
The study by Noémie Labbé-Roy and Charles Viau-Quesnel, Recognizing the exceptional, ignoring the everyday: a qualitative study of work recognition among paramedics, is published in Safety Science, volume 204, article 107397.
Participants were recruited voluntarily during a labour dispute. The research received funding from Mitacs, the Fonds de recherche du Québec—Société et culture, and CETAM. The funding agreement with the partner organization required at least ten participants from CETAM, which helps explain its strong representation in the group.
The work on recognition cited in the third response is by Jean-Pierre Brun and Ninon Dugas, published in 2005. The cardiac arrest survival data come from Saket Girotra and colleagues, published in 2024 in JAMA Cardiology.
You're reading The Last Ambulance. Don't miss a thing...