Température dans les ambulances : Santé Québec évoque une cible de 20 à 23 °C.
Alors que les épisodes de chaleur extrême deviennent plus fréquents et plus prolongés au Québec, La Dernière Ambulance a entrepris de s'intéresser aux conditions environnementales à l'intérieur des compartiments de soins des ambulances.
Au cours des dernières semaines, plusieurs paramédics ont transmis à LDA des photographies montrant des températures élevées à l'intérieur de véhicules en service. Les images reçues montrent notamment des températures de 29 °C, 31 °C, 32 °C et jusqu'à 37 °C dans des compartiments de soins utilisés pour le transport des patients.
Cherchant à mieux comprendre les normes applicables et les mécanismes de contrôle en place, LDA a adressé une série de questions à plusieurs organisations du système préhospitalier québécois, dont Santé Québec, la Corporation des techniciens ambulanciers du Québec (CTAQ), Urgences-santé, CETAM et Dessercom.
Les questions soumises à Santé Québec
Afin de mieux comprendre les normes et pratiques actuellement en vigueur, La Dernière Ambulance a transmis cinq questions à Santé Québec.
Existe-t-il une norme, une directive, une politique ou une exigence réglementaire concernant la température à maintenir dans le compartiment de soins d'une ambulance transportant des patients au Québec?
Santé Québec répond :
« Il n’existe pas de norme, de directive, de politique ou d’exigence réglementaire concernant la température à maintenir dans le compartiment de soins d'une ambulance transportant des patients au Québec. Toutefois, le Règlement d’application du la Loi sur la santé publique modifiée le 20 décembre 1995 prévoyait à son article 218 que "Lorsqu'un malade ou un patient se trouve dans le compartiment réservé aux personnes transportées, la température doit être constamment maintenue entre 20° et 23°C." »
Existe-t-il une température maximale ou minimale recommandée ou obligatoire pour le compartiment de soins, ainsi que des exigences de performance applicables aux systèmes de climatisation et de chauffage des ambulances?
Santé Québec répond :
« Comme mentionné précédemment, la température visée est entre 20° et 23°C.
C’est d’ailleurs pour cette raison que les caractéristiques de construction des ambulances québécoises prévues à la norme NQ 1013-110/2014 du Bureau de normalisation du Québec prévoit les caractéristiques suivantes : »
Santé Québec a également transmis à LDA des extraits de la norme BNQ NQ 1013-110/2014 portant notamment sur les capacités de chauffage et le maintien d'une température minimale à l'intérieur du module-ambulance lors d'essais normalisés.
Les extraits transmis à LDA ne précisent toutefois aucune température maximale applicable au compartiment de soins ni aucune exigence de surveillance des températures en service durant les périodes de chaleur.
Les températures à l'intérieur des compartiments de soins sont-elles surveillées, enregistrées ou analysées de façon systématique?
Santé Québec répond :
« Non. Toutefois, afin de préserver l’intégrité des médicaments, des colorimètres de haute et basse température doivent être présents dans le coffret à narcotiques. »
Selon la réponse transmise à LDA, aucune surveillance systématique des températures n'est effectuée à l'intérieur des compartiments de soins.
Une ambulance dont le système de climatisation est défectueux peut-elle demeurer en service?
Santé Québec répond :
« En temps normal, non. Toutefois, un véhicule dont la climatisation ne fonctionne pas, pourrait être utilisé sur un quart de nuit en fonction de la température extérieure.
Il faut se rappeler que la gestion de la flotte ambulancière n’appartient pas à Santé Québec mais aux entreprises ambulancières. »
Or, selon Environnement et Changement climatique Canada :
« Les épisodes de chaleur extrême sont communément appelés "vagues de chaleur". Nous parlons d'un épisode de chaleur extrême lorsque les températures quotidiennes atteignent les seuils d'avertissement pendant deux jours consécutifs ou plus, sans répit pendant la nuit, parfois accompagnées d'une forte humidité. »
L'absence de rafraîchissement nocturne fait donc partie de la définition même d'un épisode de chaleur extrême.
Les températures dans le compartiment de soins sont-elles considérées comme un enjeu de sécurité des patients?
Santé Québec répond :
« L’environnement dans lequel le patient est une préoccupation constante comme en font foi les réponses aux questions précédentes. »
Des températures bien supérieures
Les photographies reçues par LDA au cours des dernières semaines montrent des températures significativement plus élevées que la plage de température évoquée par Santé Québec.
Parmi les relevés reçus jusqu'à maintenant :
• 29 °C le 8 juillet à 15 h 05;
• 32 °C le 8 juillet à 17 h 50;
• 31 °C le 26 juin;
• 37 °C dans un autre véhicule en service.
LDA continue de recevoir des photographies provenant de différentes régions du Québec.
Dessercom : « une problématique hautement prioritaire »
Contrairement à plusieurs organisations sollicitées, Dessercom a fourni une réponse détaillée à LDA.
D'entrée de jeu, l'entreprise affirme que la chaleur dans les ambulances constitue :
« une problématique hautement prioritaire en termes de santé et sécurité au sein de notre organisation, tant pour les patients que les paramédics. »
Dessercom souligne toutefois que plusieurs facteurs échappent au contrôle direct des entreprises ambulancières.
« Nous sommes tributaires de parties prenantes externes, les Centres de communication santé (CCS) au niveau du déploiement des ressources ambulancières, des fournisseurs d’ambulance et des normes émises aux constructeurs d’ambulances par le Bureau des normes du Québec (BNQ) qui définissent des valeurs à atteindre. »
L'entreprise ajoute :
« Force est de constater que l’évolution climatique amène de nouveaux enjeux que nous n’avions pas autant auparavant, donc nous agissons en conséquence. »
Selon Dessercom, les préoccupations entourant la chaleur se sont accentuées durant la pandémie, notamment en raison du port prolongé des équipements de protection individuelle dans certains garages d'hôpitaux peu ventilés.
L'entreprise indique avoir depuis mis en place diverses mesures, dont le port d'un t-shirt dry-fit durant la période estivale et la distribution de boissons contenant des électrolytes.
Une problématique reconnue, documentée et suivie
Dessercom rapporte qu'en 2024, à Granby, un avis de condition dangereuse a été déposé à la CNESST et que la question de la chaleur a alors été abordée.
« Quelques plaintes par rapport à la chaleur dégagée par les ambulances ont aussi été faites par des paramédics. »
Selon l'entreprise, les recommandations de la CNESST ont mené à l'élaboration d'une procédure par son Comité de santé, sécurité et mieux-être, lequel comprend notamment des paramédics.
Dessercom a également transmis à LDA sa procédure interne intitulée « Gestion des risques de contraintes thermiques en période estivale », entrée en vigueur en 2025 et mise à jour en 2026. Le document vise à encadrer les risques liés à la chaleur pour les paramédics durant la saison estivale.
Dès son préambule, la procédure précise qu'elle vise notamment à répondre à :
« la contrainte thermique occasionnée par l’insuffisance des systèmes de climatisation actuels dans les véhicules ambulanciers, dans certaines circonstances »
Le document identifie plusieurs risques associés à l'exposition à la chaleur, dont le coup de chaleur, l'épuisement dû à la chaleur, les crampes de chaleur, la déshydratation, la fatigue excessive ainsi qu'une diminution de la vigilance et des réflexes.
Parmi les situations considérées à risque, la procédure mentionne notamment :
« En attente dans les véhicules » ainsi que les interventions nécessitant un effort physique durant les périodes de canicule et les interventions dans des environnements non climatisés.
Le document prévoit également une série de mesures préventives graduées selon différents niveaux de risque, notamment :
• l'hydratation régulière;
• l'utilisation de vêtements adaptés à la chaleur;
• le recours à des sachets d'électrolytes;
• la recherche d'espaces ombragés ou climatisés;
• la rotation des points d'attente;
• des mesures particulières lors des périodes de chaleur plus intense.
La procédure indique également que, lors de certaines périodes de chaleur, les équipes sont invitées à :
« Faire circuler le véhicule aux 30 minutes afin de soutenir le refroidissement du véhicule, et donc l’efficacité de la climatisation »
« Nous doutons sérieusement du système d'air climatisé »
L'un des passages les plus marquants de la réponse concerne les systèmes de climatisation actuellement utilisés.
« Plus précisément au niveau des véhicules, il est évident qu’une ambulance exposée au soleil pour une bonne partie du quart de travail génèrera beaucoup de chaleur à l’intérieur, car le compresseur du châssis fournit l’habitacle des paramédics et la cabine de soins. »
Dessercom ajoute :
« Nous doutons sérieusement du système d’air climatisé et de son efficacité dans les modèles de véhicule disponibles sur le marché québécois actuellement. »
L'entreprise indique avoir entrepris diverses démarches dès 2022 afin de réduire les températures à bord de ses ambulances.
« Nous avons donc entrepris dès 2022 de peinturer les toits en blanc. Nos analyses de l’époque démontraient une légère baisse des degrés Celsius à l’intérieur. Mais, cela ne nous satisfait pas entièrement, car la problématique perdure. »
Dessercom indique également réaliser des inspections préventives des systèmes de climatisation de l'ensemble de sa flotte avant chaque saison estivale.
Le document transmis à LDA fait également état de travaux réalisés afin de réduire la chaleur dans les ambulances.
Selon Dessercom :
« Celles-ci consiste à renforcer l’isolation thermique du plancher de l’habitacle, dans le but de réduire significativement la chaleur transmise par le sol. »
L'entreprise indique également avoir réalisé des travaux d'isolation sur certaines composantes mécaniques situées sous les véhicules. Les résultats préliminaires, selon le document, démontrent :
« une réduction significative de la chaleur dégagée par certaines composantes du véhicule, lesquelles nuisaient auparavant à l’efficacité du système de climatisation de l’ambulance »
La procédure précise finalement que des données continuent d'être recueillies afin de mesurer l'impact réel de ces modifications sur le confort thermique à bord des ambulances.
Des capteurs à l'étude
Les travaux se poursuivent toujours.
« Nous sommes donc maintenant à l’étape de consulter des experts externes à notre industrie, notamment les véhicules récréatifs (VR). »
Dessercom affirme également analyser l'installation éventuelle de sondes et de capteurs permettant une surveillance en temps réel des températures à bord des ambulances.
« Nous analysons la possibilité d’installer des sondes et capteurs dans nos ambulances afin de pouvoir les surveiller en temps réel et à distance. »
L'entreprise précise :
« En ce moment, nous collectons plusieurs données pour observer les impacts des événements météorologiques et des changements climatiques sur nos opérations. »
Des réponses variables
Le 8 juillet, CETAM a indiqué ne pas être en mesure de fournir les statistiques demandées pour le moment, invoquant la mobilisation de ses équipes sur d'autres dossiers opérationnels prioritaires.
Au moment de la publication, LDA n'avait reçu aucune réponse de la CTAQ ni d'Urgences-santé à sa demande d'information transmise le 4 juillet.
Ce que l'on sait — et ce que l'on ne sait pas
Santé Québec indique que :
« la température visée est entre 20° et 23°C » dans le compartiment de soins des ambulances.
Les photographies reçues par LDA montrent jusqu'à maintenant des températures variant de 29 à 37 °C dans des véhicules en service.
Santé Québec indique également qu'aucune surveillance systématique des températures n'est effectuée dans les compartiments de soins.
Dessercom affirme pour sa part collecter des données sur les impacts des événements météorologiques sur ses opérations et étudier l'installation de capteurs permettant une surveillance en temps réel.
Il demeure toutefois impossible de déterminer à quelle fréquence les écarts observés surviennent à travers l'ensemble du réseau préhospitalier québécois ou dans quelle mesure ils touchent les patients et les paramédics lors des épisodes de chaleur extrême.
LDA poursuit sa collecte d'informations
Les paramédics qui souhaitent partager des photographies montrant la température à l'intérieur du compartiment de soins de leur ambulance peuvent les transmettre à La Dernière Ambulance par Messenger sur notre page Facebook. Les photographies devraient idéalement être accompagnées de la date, de l'heure et de la région où elles ont été prises.