Opinion: Janvier et juillet
Le 11 janvier 2026, le Tribunal administratif du travail rendait une décision dans le cadre du conflit de travail qui opposait les entreprises ambulancières du Québec et les organisations syndicales représentant les paramédics.
À l'époque, le litige portait sur un moyen de pression particulier : l'échange volontaire de certains équipements entre ambulances appartenant à différentes entreprises.
Les entreprises ambulancières soutenaient que cette pratique pouvait compromettre la sécurité du public. Le Tribunal leur a donné raison.
Dans sa décision, le TAT rapporte notamment le témoignage de gestionnaires d'entreprises ambulancières selon lesquels des équipements qui semblent identiques ne le sont pas toujours en pratique. Certaines civières possèdent des configurations ou des options différentes. Certains systèmes d'ancrage ne sont pas compatibles entre eux. Dans certains cas, des incompatibilités n'ont été découvertes qu'après le transfert de matériel d'une organisation à une autre.
Le Tribunal note également que des problèmes « d'incompatibilité insoupçonnés » sont survenus malgré l'apparente similitude de certains équipements.
Au terme de son analyse, le TAT conclut que l'appropriation, le transfert ou l'échange d'équipements entre entreprises ambulancières dans le contexte des moyens de pression était susceptible de mettre en danger la santé ou la sécurité du public.
Cette décision concernait l'équipement.
Mais six mois plus tard, une autre question se présente.
Au cours des derniers jours, La Dernière Ambulance a reçu des informations faisant état d'au moins deux situations distinctes où des paramédics provenant d'entreprises ambulancières différentes auraient été jumelés afin de maintenir la couverture opérationnelle dans certaines régions du Québec confrontées à des difficultés de dotation.
Soyons clairs.
Nous ne suggérons pas que ces équipes mixtes ont opéré de façon dangereuse.
Nous ne suggérons pas qu'une règle a été enfreinte.
Nous ne suggérons pas non plus que les circonstances sont identiques à celles examinées par le Tribunal en janvier.
Les situations sont manifestement différentes. Dans un cas, il était question du déplacement d'équipements dans le cadre d'un moyen de pression syndical. Dans l'autre, il s'agirait d'entreprises ambulancières qui jumellent temporairement des paramédics provenant d'organisations distinctes afin d'assurer la continuité des services.
La question demeure néanmoins pertinente.
Si les différences entre entreprises étaient suffisamment importantes pour convaincre le Tribunal que le transfert d'équipements pouvait soulever des enjeux de sécurité, quelles mesures sont en place lorsque ce sont désormais les frontières entre les effectifs qui deviennent plus perméables?
Les véhicules sont-ils configurés de façon identique?
Les équipements sont-ils standardisés?
Les procédures opérationnelles sont-elles uniformes?
Les paramédics reçoivent-ils une familiarisation particulière lorsqu'ils sont appelés à travailler avec un collègue provenant d'une autre organisation?
Peut-être que la réponse à chacune de ces questions est oui.
Peut-être que les mécanismes de sécurité sont déjà bien établis.
Peut-être aussi que ces situations demeurent exceptionnelles.
Mais le contraste mérite réflexion.
En janvier, les entreprises ambulancières soutenaient devant le Tribunal que certaines différences entre organisations étaient suffisamment importantes pour justifier une intervention visant à protéger la sécurité du public.
En juillet, dans un contexte où les difficultés de recrutement et de rétention continuent d'affecter plusieurs régions, ces mêmes frontières organisationnelles semblent parfois devoir être franchies afin de maintenir les ambulances sur la route.
Le Tribunal a répondu à la question de l'échange d'équipements.
La question qui se pose aujourd'hui est différente.
Dans un système sous pression, comment s'assure-t-on que l'interchangeabilité croissante des effectifs demeure compatible avec les préoccupations qui avaient été soulevées devant le Tribunal il y a à peine six mois?