Le traumatisme d’être le premier maillon de la chaîne de survie

Share
Le traumatisme d’être le premier maillon de la chaîne de survie

The English version follows the French.

Elle a vu la moto voler dans un champ. Elle a couru vers l’homme qui gisait dans le fossé.

Le lendemain, elle a écrit à La Dernière Ambulance.

Elle voulait comprendre pourquoi les paramédics avaient mis autant de temps à arriver... Mais au fil de nos échanges, un besoin plus immédiat est apparu.

Elle n’allait pas bien. Les images revenaient sans cesse. Elle ne dormait plus. Elle ne mangeait plus. Elle revivait la scène en boucle.

Nous lui avons demandé si les policiers ou les paramédics lui avaient parlé. Elle nous a répondu que non.

Elle avait déjà travaillé comme infirmière auxiliaire. Mais, comme elle nous l’a expliqué, cela ne voulait pas dire qu’elle était outillée pour gérer ce qu’elle vivait.

Depuis, elle s’est rendue à l’urgence. Son médecin l’y a conduite dans sa propre voiture.

Elle était venue en aide à un inconnu. Après, c’est elle qui avait besoin d’aide.

Son histoire m’a rappelé un texte que j’avais écrit il y a plusieurs années.


Une bonne amie à nous — appelons-la Sally — dégustait une crème glacée avec sa fille et une amie. Soudain, juste devant elles, sur le trottoir, une piétonne a été heurtée par un autobus urbain.

Forte de son courage, de sa sagesse de mère et d’excellentes connaissances en premiers soins, Sally s’est immédiatement portée à son secours. Elle a dit à sa fille de rester où elle était, car elle ne savait pas encore à quel point la piétonne était blessée.

C’était la première de plusieurs bonnes décisions.

La piétonne était étendue face contre terre et saignait abondamment du nez et de la bouche. Le choc avait été violent. Elle avait perdu des dents entre l’impact avec l’autobus et sa chute sur le béton. Elle était confuse et tentait de comprendre ce qui lui arrivait.

Sally a rapidement pris la situation en main. Après avoir encouragé la jeune femme à rester immobile et s’être assurée qu’une autre personne appelait le 911, elle a commencé à lui parler pour la rassurer.

Quand la piétonne hésitait à répondre, Sally lui parlait un peu d’elle-même.

« Je suis une maman. J’aime les chiens… »

Elle savait que le son de sa voix et le contact de sa main seraient précieux pour cette jeune femme, seule et grièvement blessée.

La piétonne a tenté de s’asseoir, puis s’est affaissée au sol. Sally lui a demandé de rester immobile jusqu’à l’arrivée des secours.

Puis elle a repris la conversation, tout en essayant de garder ses genoux à l’écart des flaques de sang.

Sally lui parlait pendant que le chaos régnait autour d’elles. Les curieux s’attroupaient. Des automobilistes ralentissaient, klaxonnaient, ou les deux, alors que la circulation s’immobilisait dans cette intersection achalandée. Des sirènes se rapprochaient de plusieurs directions.

Une autre personne venue aider a décidé que la jeune femme parlait trop et a dit à Sally de se taire. Sally l’a écartée, sachant instinctivement que ses paroles rassurantes maintenaient un mince lien avec le monde qui existait juste avant la collision.

Comme Sally nous l’a expliqué : « Si, Dieu m’en préserve, je me retrouvais dans la même situation, je voudrais que quelqu’un soit là pour me tenir la main et me parler, juste pour savoir que je suis encore en vie. »

Malgré ses blessures et sa confusion, la jeune femme s’inquiétait beaucoup pour sa mère. Elle répétait à Sally que sa mère l’attendrait au travail. Est-ce que quelqu’un pouvait, s’il vous plaît, lui dire ce qui était arrivé?

Sally lui a promis de s’assurer que quelqu’un prévienne sa mère.

Puis les pompiers premiers répondants et les policiers sont arrivés.

Selon Sally, ils ont pris soin de la jeune femme avec efficacité et professionnalisme. Mais ils ont manqué d’égards envers celle qui était à genoux à ses côtés.

Sally nous a raconté qu’on l’ignorait. Les renseignements qu’elle avait recueillis, ses observations et le lien qu’elle avait établi avec la patiente semblaient compter pour bien peu.

Elle a essayé de faire comprendre l’importance de retrouver la mère de la jeune femme. Elle a dû insister jusqu’à ce qu’une policière l’écoute enfin et reconnaisse qu’il fallait s’en occuper.

Sally connaissait pourtant bien le milieu des incendies et des services préhospitaliers d’urgence. Son mari y travaillait.

Malgré tout, elle s’est retrouvée à remettre en question ce qu’elle avait fait.

Avait-elle posé les bons gestes? Aurait-elle dû aller aider? Qu’était-il arrivé à la jeune femme?

Et si…?


Des années séparent ces deux histoires.

Dans les deux cas, une personne est intervenue pour aider un être humain qui en avait besoin. Dans les deux cas, celle qui avait aidé nous a raconté avoir été laissée seule avec les conséquences de ce qu’elle avait vécu, sans que personne s’arrête pour lui demander si elle allait bien.

Nous encourageons les gens à apprendre les premiers soins, à appeler le 911, à commencer la réanimation cardiorespiratoire, à maîtriser une hémorragie et à rester auprès d’une personne blessée jusqu’à l’arrivée des secours.

Nous leur demandons de devenir le premier maillon de la chaîne de survie.

Notre responsabilité envers eux ne peut pas prendre fin à l’arrivée du maillon suivant.

Ils ont peut-être vu quelque chose qu’ils n’oublieront jamais. Ils ont peut-être passé ces minutes à craindre que la personne à leurs côtés meure. Ils peuvent rentrer chez eux avec du sang sur leurs vêtements et des questions sans réponse.

Ils n’ont peut-être aucun collègue vers qui se tourner, aucun superviseur qui prend de leurs nouvelles, aucune expérience des répercussions émotionnelles d’une intervention éprouvante.

Un merci compte. Écouter ce qu’ils ont à nous dire aussi. Tout comme leur expliquer que les secours prennent la relève et leur demander s’ils ont quelqu’un qui peut rester avec eux.

Et lorsqu’ils ont besoin de plus d’aide, le système qui a fait appel à leur courage devrait pouvoir les orienter vers les ressources nécessaires.

Nous ne pouvons pas leur garantir de connaître l’issue pour le patient ni divulguer les renseignements médicaux personnels d’autrui. Nous pouvons reconnaître ce qu’ils ont fait. Nous pouvons leur expliquer où trouver du soutien. Nous pouvons mettre en place un suivi.

Cette responsabilité appartient aux personnes qui dirigent nos services d’urgence et notre système de santé. Il faut que quelqu’un en soit responsable, qu’une procédure soit établie et que des ressources y soient consacrées. Cela ne peut pas dépendre uniquement du temps qu’il reste à un intervenant après un appel difficile.

À vous qui dirigez ces services : intégrez le soutien aux citoyens qui portent secours dans le système que vous gérez. Déterminez qui prend de leurs nouvelles, qui leur transmet de l’information utile et comment ils peuvent obtenir de l’aide par la suite. Puis assurez-vous que cela se fait.

Il est inacceptable d’encourager les gens à intervenir, puis de les laisser seuls avec ce qu’ils ont vu, entendu et vécu. Le traumatisme qu’ils subissent en aidant les autres doit être pris en charge. Maintenant.

SPONSORED

Vous lisez La Dernière Ambulance. Pour ne rien manquer ...

S'abonner

She saw the motorcycle fly into a field. She ran to the man lying in the ditch.

The next day, she wrote to The Last Ambulance.

She wanted to understand why it had taken so long for the paramedics to arrive. She told us the motorcyclist was semi-conscious... But as we exchanged messages, something more immediate emerged.

She was not doing well. The images kept coming back. She could not sleep. She could not eat. She was reliving what she had witnessed, over and over.

We asked whether the police or paramedics had spoken with her. She said no.

She had previously worked as a nursing assistant. But, as she explained, that did not mean she was equipped to manage what she was experiencing.

She has since gone to the emergency department. Her family doctor drove her there in his own car.

She stepped forward to help a stranger. Afterward, she needed someone to help her.

Her story brought me back to something I wrote several years ago.


A good friend of ours — we’ll call her Sally — was enjoying ice cream with her daughter and a friend. Suddenly, right on the sidewalk in front of them, a pedestrian was struck by a city bus.

Armed with courage, a mother’s wisdom, and excellent first aid skills, Sally immediately moved to help. She told her daughter to stay put because she wasn’t quite sure how badly the pedestrian had been injured.

That was the first of several good moves she made.

The pedestrian was lying face down, bleeding profusely from her nose and mouth. The impact had been powerful, and she had lost some of her teeth between being struck and slamming into the concrete. She was confused and struggling to make sense of her new reality.

Sally quickly took control of the situation. After encouraging the young woman to remain still and ensuring another bystander was calling 911, she began a calming conversation.

When the pedestrian was hesitant to respond, Sally told her a bit about herself.

“I’m a mom. I love dogs…”

She knew that the sound of her voice and the touch of her hand would be vitally important to this young woman, alone and seriously injured.

The pedestrian tried to sit up and collapsed back onto the ground. Sally urged her to remain still until help arrived.

Then she returned to the conversation while trying to keep her knees out of the puddles of blood.

Sally talked while chaos reigned around them. A crowd of onlookers swelled. Motorists slowed or honked or both as traffic came to a standstill in the busy intersection. Sirens approached from different directions.

Another would-be rescuer decided the young woman was talking too much and told Sally she should be quiet. Sally shooed him away, knowing instinctively that her calming words were providing a tiny tether to the world that existed just before the crash.

As Sally told us, if “God forbid I was in the same situation, I’d want someone there to hold my hand and talk to me just so I’d know I was still alive.”

In the midst of her trauma and confusion, the young woman was very concerned about her mother. She repeatedly told Sally that her mom would be waiting for her at work. Could someone please let her know what had happened?

Sally promised she would ensure someone got word to her mom.

And then the firefighter first responders and the police arrived.

In Sally’s account, they were efficient and professional in attending to the injured woman. But they ran up a caring deficit when it came to the person who had been kneeling beside her.

Sally described being ignored. The information she had gathered, her observations, and the connection she had established with the patient seemed to count for little.

She tried to communicate the importance of finding the young woman’s mother. She had to keep pressing until a police officer finally listened and recognized that this needed attention.

Sally was no stranger to firefighting and emergency medical services. Her husband was on the job.

Even so, she was left questioning what she had done.

Had she made the right moves? Should she have gone to help? What happened to the young woman?

What if?


Years separate these two stories.

In both, someone stepped forward when another human being needed help. In both, the person who helped described being left to deal with the aftermath without anyone stopping to ask whether she was okay.

We encourage people to learn first aid, call 911, begin CPR, control bleeding, and stay with an injured stranger until help arrives.

We ask them to become the first link in the chain of survival.

Our responsibility to them cannot end when the next link arrives.

They may have seen something they will never forget. They may have spent those minutes afraid the person beside them was going to die. They may go home with blood on their clothes and questions they cannot answer.

They may have no colleagues to turn to, no supervisor checking in, no familiarity with the emotional fallout of a terrible call.

A thank-you matters. So does listening to what they have to tell us. So does explaining that care is being taken over and asking whether they have someone who can stay with them.

And when they need more help, a system that recruited their courage should be able to point them toward it.

We cannot promise them a patient’s outcome or disclose someone else’s private medical information. We can acknowledge what they did. We can explain where support is available. We can build a way to follow up.

That responsibility belongs with the people who lead our emergency services and our health system. It needs an owner, a procedure, and resources. It cannot depend entirely on whether an individual responder has a spare moment at the end of a difficult call.

To those in charge: put support for bystander rescuers into the system you manage. Decide who checks on them, who gives them useful information, and how they can reach help afterward. Then make sure it happens.

It is unacceptable to encourage people to step forward and then leave them alone with what they have seen, heard and experienced. The trauma they suffer while helping others must be addressed. Now.