Solution? | Et si on libérait les ambulances?
LAVAL QC — La semaine dernière, La Dernière Ambulance publiait une photo transmise depuis l’urgence de la Cité-de-la-Santé, à Laval.
Des patients sur des civières d’ambulance, dans un corridor. Des équipes paramédicales retenues avec eux. Une urgence qui fonctionnait alors à 200 % de sa capacité.
La photo illustrait le problème.
Puis un paramédic actuellement en service nous a écrit avec une solution.
Pas une réforme à 100 millions de dollars. Pas une nouvelle structure administrative. Une idée de terrain, relativement simple, qui pourrait être testée.
Et si, plutôt que d’ajouter des ambulances, on libérait celles que nous avons déjà?
Une équipe mobile de délestage
L’idée serait de créer une petite équipe mobile pouvant être déployée vers les urgences où les délais de transfert commencent à immobiliser les ressources préhospitalières.
Elle arriverait avec quatre civières. Pas plus.
Après le triage, les patients jugés suffisamment stables pourraient être transférés de la civière d’ambulance vers cette zone temporaire.
L’équipe qui les a transportés récupère son équipement.
Et l’ambulance retourne sur la route.
Si quatre patients peuvent être transférés, ce sont potentiellement quatre ambulances et huit paramédics qui redeviennent disponibles pour répondre aux appels.
Sans avoir ajouté une seule ambulance au système.
Pas une deuxième urgence
La distinction est essentielle.
Le patient a été trié. Il est physiquement à l’hôpital. Dans le modèle proposé, la responsabilité clinique demeurerait celle de l’hôpital.
L’équipe mobile constitue un filet de sécurité pendant l’attente, pas un remplacement du personnel hospitalier.
Les paramédics travaillent dans leur champ de pratique : surveillance, réévaluation et interventions appropriées. Une détérioration clinique entraîne une escalade vers l’équipe de l’urgence. Le personnel infirmier de l’hôpital conserverait également une surveillance périodique des patients et recevrait les rapports de l’équipe paramédicale.
Le paramédic qui nous a proposé le concept le résume simplement :
« On fournit simplement un filet de sécurité. On ne prétend pas remplacer l’hôpital. »
Dans certaines circonstances, l’équipe pourrait également prendre en charge dans cette zone un patient qui attend son transfert hors de l’hôpital et qui ne nécessite plus de soins hospitaliers actifs.
Cela pourrait libérer un espace de soins pour un patient qui attend toujours sur une civière d’ambulance.
Un espace se libère. Un patient peut avancer. Une ambulance peut repartir.
Deux paramédics. Quelques étudiants. Quatre civières.
Le modèle proposé est volontairement petit.
Deux paramédics expérimentés permettraient de maintenir la continuité de l’équipe pendant les repas, les pauses et les autres besoins normaux d’un quart de travail.
Ils pourraient être accompagnés de deux à quatre étudiants en soins préhospitaliers d’urgence.
Les étudiants de première année pourraient notamment y acquérir une immersion clinique et participer aux déplacements sécuritaires des patients. Les étudiants plus avancés pourraient travailler dans un contexte de mentorat clinique, toujours dans les limites appropriées de leur formation et de leur supervision.
Un projet pilote pourrait initialement fonctionner, par exemple, de 10 h à 20 h.
L’équipe serait mobile et pourrait être déplacée vers l’hôpital où le besoin est le plus important.
Ne pas attendre l’effondrement
C’est ici que la proposition devient particulièrement intéressante.
L’équipe ne devrait pas attendre qu’une dizaine d’ambulances soient déjà immobilisées avant d’être déployée.
Le paramédic propose des déclencheurs simples qui pourraient être testés et ajustés :
une ambulance approchant ou dépassant 120 minutes de retenue;
ou
trois ambulances ou plus retenues pendant environ 60 minutes.
À cela s’ajouterait une évaluation rapide de la situation de l’urgence.
Si, par exemple, une urgence fonctionne déjà à 170 % de sa capacité et que les délais de transfert commencent à s’accumuler, faut-il vraiment attendre que le système préhospitalier soit profondément affecté avant d’intervenir?
On connaît déjà la trajectoire.
On peut intervenir avant l’effondrement.
Pourquoi seulement quatre civières?
Parce que cette solution comporte son propre danger.
Elle pourrait fonctionner trop bien.
Une mesure exceptionnelle destinée à protéger la capacité ambulancière pourrait tranquillement devenir une nouvelle façon de normaliser les soins dans les corridors.
Le plafond de quatre civières constitue donc une protection.
Si l’hôpital veut accueillir davantage de patients dans cette zone, il doit fournir ses propres lits ou civières.
Le paramédic propose également une idée volontairement provocatrice : après une courte période initiale sans frais, l’hôpital commencerait à payer pour l’utilisation de cette ressource.
Comme point de référence, il suggère un tarif de l’ordre de 500 $ l’heure, inspiré du tarif horaire utilisé pour la location d’une ambulance lors d’événements. Le montant exact serait évidemment à déterminer dans le cadre d’un projet pilote.
Le but n’est pas de punir l’hôpital.
Le but est de faire en sorte qu’une mesure exceptionnelle demeure exceptionnelle.
Le délai appartient à quelqu’un
C’est probablement la réflexion la plus importante derrière toute cette proposition.
Lorsqu’une urgence n’arrive pas à prendre rapidement en charge un patient arrivé en ambulance, le délai ne disparaît pas.
Il est transféré.
Une ambulance devient une chambre improvisée.
Sa civière devient un lit d’urgence.
Et deux paramédics deviennent, de facto, du personnel supplémentaire dans un corridor hospitalier.
Pendant ce temps, quelqu’un appelle le 911.
La proposition de notre paramédic déplace ce délai là où il existe réellement.
Le patient demeure à l’hôpital.
La responsabilité, dans le modèle proposé, demeure à l’hôpital.
Le délai demeure à l’hôpital.
Mais l’ambulance retourne répondre aux appels.
Est-ce que ça fonctionnerait?
On ne le sait pas.
Il reste de vraies questions à résoudre : responsabilité professionnelle, critères d’admissibilité et d’exclusion, supervision des étudiants, fréquence des réévaluations, médicaments, documentation, critères d’escalade, financement, responsabilité médico-légale et mécanismes précis de déclenchement et de démobilisation.
Mais ce sont précisément les questions auxquelles sert un projet pilote.
Et son efficacité pourrait être mesurée avec un indicateur extrêmement concret :
Combien d’heures-ambulances avons-nous remises sur la route?
Ajoutons les délais de transfert évités, le nombre d’ambulances libérées, la durée des activations, les événements cliniques et le coût par heure-ambulance récupérée.
Après quelques mois, nous saurions si l’idée fonctionne.
Cette proposition ne vient pas d’un comité.
Elle vient d’un paramédic québécois actuellement sur le terrain, après avoir vu encore une fois des ambulances et leurs équipages transformés en capacité hospitalière temporaire.
Elle n’est certainement pas parfaite.
Alors améliorons-la.
Parce qu’entre accepter la retenue comme une fatalité et essayer quelque chose de différent, il reste énormément d’espace pour réfléchir.
— LDA | Le terrain. Les données. Les solutions.
Solution? | What if we freed up the ambulances?
LAVAL QC — Last week, The Last Ambulance published a photo sent to us from the emergency department at Cité-de-la-Santé in Laval.
Patients on ambulance stretchers in a hallway. Paramedic crews stuck there with them. An emergency department operating at 200% capacity at the time.
The photo illustrated the problem.
Then a paramedic currently working in the system wrote to us with a solution.
Not a $100-million reform. Not another administrative structure. A relatively simple idea from the field that could actually be tested.
What if, instead of adding more ambulances, we freed up the ones we already have?
A mobile offload team
The idea would be to create a small mobile team that could be deployed to emergency departments where transfer delays are beginning to tie up prehospital resources.
It would arrive with four stretchers. No more.
After triage, patients considered stable enough could be transferred from the ambulance stretcher into this temporary area.
The crew that transported them gets its equipment back.
And the ambulance returns to the road.
If four patients can be transferred, that potentially puts four ambulances and eight paramedics back into service to answer calls.
Without adding a single ambulance to the system.
Not a second emergency department
The distinction matters.
The patient has been triaged. The patient is physically in the hospital. Under the proposed model, clinical responsibility would remain with the hospital.
The mobile team provides a safety net while patients wait. It does not replace hospital staff.
Paramedics would work within their scope of practice: monitoring, reassessment and appropriate interventions. Any clinical deterioration would be escalated to the emergency department team. Hospital nursing staff would also continue periodic surveillance of the patients and receive reports from the paramedic team.
The paramedic who proposed the concept to us puts it simply:
“We’re simply providing a safety net. We’re not pretending to replace the hospital.”
In some circumstances, the team could also care for a patient in this area who is waiting to be transferred out of the hospital and no longer requires active hospital care.
That could free up a treatment space for a patient still waiting on an ambulance stretcher.
A space opens. A patient moves forward. An ambulance gets back on the road.
Two paramedics. A few students. Four stretchers.
The proposed model is deliberately small.
Two experienced paramedics would allow the team to maintain continuity through meals, breaks and the other normal requirements of a shift.
They could be accompanied by two to four paramedic students.
First-year students could gain clinical exposure and assist with the safe movement of patients. More advanced students could work in a clinical mentorship environment, always within the appropriate limits of their training and supervision.
A pilot project could initially operate, for example, from 10 a.m. to 8 p.m.
The team would be mobile and could be moved to whichever hospital had the greatest need.
Don’t wait for the system to collapse
This is where the proposal becomes particularly interesting.
The team should not wait until ten ambulances are already tied up before being deployed.
The paramedic suggests simple activation triggers that could be tested and adjusted:
one ambulance approaching or exceeding 120 minutes of offload delay;
or
three or more ambulances held for approximately 60 minutes.
That would be combined with a quick assessment of conditions in the emergency department.
If, for example, an emergency department is already operating at 170% capacity and transfer delays are beginning to accumulate, do we really need to wait until the prehospital system is deeply affected before intervening?
We already know where this goes.
We can intervene before the system collapses.
Why only four stretchers?
Because this solution carries a risk of its own.
It could work too well.
An exceptional measure designed to protect ambulance capacity could quietly become a new way of normalizing hallway care.
The four-stretcher limit therefore acts as a safeguard.
If the hospital wants to accommodate more patients in the area, it must provide its own beds or stretchers.
The paramedic also proposes a deliberately provocative idea: after a short initial period at no charge, the hospital would begin paying for the use of the resource.
As a point of reference, he suggests a rate in the range of $500 an hour, based on the hourly rate used to hire an ambulance for special events. The exact amount would obviously have to be determined as part of a pilot project.
The goal is not to punish the hospital.
The goal is to make sure an exceptional measure remains exceptional.
The delay belongs somewhere
This may be the most important idea behind the entire proposal.
When an emergency department cannot quickly take over the care of a patient who arrived by ambulance, the delay does not disappear.
It gets transferred.
An ambulance becomes an improvised hospital room.
Its stretcher becomes an emergency department bed.
And two paramedics become, de facto, additional staff in a hospital hallway.
Meanwhile, someone is calling 911.
Our paramedic’s proposal moves that delay back to where it actually exists.
The patient remains at the hospital.
Responsibility, under the proposed model, remains with the hospital.
The delay remains at the hospital.
But the ambulance goes back to answering calls.
Would it work?
We don’t know.
There are real questions to resolve: professional responsibility, inclusion and exclusion criteria, student supervision, reassessment frequency, medications, documentation, escalation criteria, funding, medico-legal liability, and precise activation and demobilization mechanisms.
But those are exactly the kinds of questions a pilot project is designed to answer.
And its effectiveness could be measured using one extremely concrete indicator:
How many ambulance-hours did we put back on the road?
Add avoided transfer delays, the number of ambulances released, duration of activations, clinical events and cost per ambulance-hour recovered.
After a few months, we would know whether the idea works.
This proposal did not come from a committee.
It came from a Quebec paramedic currently working in the field, after seeing ambulances and their crews once again turned into temporary hospital capacity.
It certainly isn’t perfect.
So improve it.
Because between accepting offload delays as inevitable and trying something different, there is an enormous amount of room to think.
— LDA | The field. The data. The solutions.